« Et si apprendre à repérer et corriger ses erreurs aidait à mieux lire ? » : une nouvelle piste pour la dyslexie et le TDAH

Dr. Gwendoline Mahé, maitresse de conférences en psychologie cognitive à l’Université de Lille, rattachée au laboratoire de Sciences Cognitives et Sciences Affectives (SCALab). Ses travaux de recherches sont centrés sur les facteurs impliqués dans l’apprentissage de la lecture et ses troubles.

Le projet du Dr. Gwendoline Mahé, intitulé « Améliorer le monitoring des erreurs dans la dyslexie et le TDAH : impact neurocomportemental du feedback sur la lecture et des tâches non-langagières » est financé par la Fondation à hauteur de 80 000€ dans le cadre de l’appel à projets 2025 « les mécanismes sous-tendant des approches thérapeutiques communes aux maladies du cerveau ».

Pour certains enfants, lire un mot simple peut devenir un véritable casse-tête. La dyslexie se caractérise par des difficultés de lecture, mais celles-ci sont également fréquentes chez les enfants présentant un Trouble de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH). Des études en neuro-imagerie ont mis en évidence des particularités cérébrales communes à ces deux troubles, notamment dans des régions impliquées dans la détection et la correction des erreurs. Ces difficultés pourraient jouer un rôle important dans les problèmes de lecture observés. Ce projet a pour objectif d’évaluer l’efficacité d’un programme d’entraînement visant à améliorer la détection des erreurs chez des enfants présentant une dyslexie, un TDAH ou les deux. Une amélioration de la lecture et des capacités de détection des erreurs est attendue après l’entrainement. Les résultats de ce projet pourraient contribuer à l’élaboration de nouvelles méthodes de remédiation pour les populations d’enfants présentant une dyslexie développementale ou un TDAH.

 

 

Dyslexie développementale et TDAH : des troubles neurodéveloppementaux étroitement liés

La dyslexie développementale et le TDAH appartiennent aux troubles neurodéveloppementaux les plus répandus et coexistent fortement. La dyslexie se manifeste par définition par des difficultés en lecture, mais de telles difficultés sont aussi rapportées chez les enfants avec un TDAH. Des études de neuro-imagerie ont par ailleurs mis en évidence des particularités d’activation de certaines régions cérébrales communes aux deux troubles.

Des difficultés partagées dans la détection et la correction des erreurs

Ces régions sont impliquées dans le contrôle cognitif, plus particulièrement la détection de ses propres erreurs et la capacité à les corriger. De récentes études montrent un déficit de détection précoce des erreurs, l’enfant ne remarque pas rapidement ou automatiquement qu’une erreur a été commise, chez des enfants dyslexiques et un déficit dans l’évaluation consciente des erreurs, à savoir le fait de se dire consciemment :« Je me suis trompé »
et de pouvoir ensuite comprendre pourquoi et corriger,  chez des enfants atteints de TDAH. Ces deux mécanismes peuvent être mesurés grâce à des enregistrements cérébraux (EEG), qui permettent d’observer des ondes cérébrales spécifiques après une erreur. Ces résultats confortent l’hypothèse de facteurs de risques commun aux deux troubles et interroge sur l’impact que peuvent avoir ces difficultés sur les capacités de lecture.

Entraînement à la détection des erreurs : un projet pour la dyslexie et le TDAH

L’objectif de ce projet est d’évaluer l’efficacité d’un programme d’entrainement à la détection des erreurs chez des enfants atteints de dyslexie et/ou de TDAH. Des enfants dyslexiques, TDAH, et comorbides suivront un entrainement à la détection des erreurs. L’entraînement proposé comprendra des tâches de lecture, une tâche de décision lexicale visuelle, ainsi que des exercices qui ne font pas appel au langage. Les enfants devront estimer leur degré de confiance dans leurs réponses, et recevront un retour immédiat lorsqu’ils se trompent. L’impact de cet entraînement sera évalué à la fois par des mesures de performance (en lecture et dans d’autres tâches) et par des enregistrements cérébraux et musculaires (EEG et EMG).

Une amélioration de la lecture attendue

Les chercheurs s’attendent à une amélioration des capacités à surveiller et corriger ses erreurs, ainsi qu’à des progrès en lecture après l’entraînement.

À ce jour, aucune étude ne permet de conclure à un lien de causalité entre les difficultés de détection des erreurs et les difficultés en lecture dans la dyslexie et le TDAH. À terme, ce projet pourrait ouvrir la voie à de nouvelles méthodes de remédiation plus ciblées et plus efficaces pour les enfants présentant une dyslexie et/ou un TDAH.

Equipes et partenaire

L’équipe comprend 3 enseignantes chercheuses ainsi qu’un chercheur post doctorant et orthophoniste rattaché·e·s au laboratoire de Sciences Cognitives et Sciences Affectives (SCALab, UMR CNRS 9193) ainsi qu’à l’Université de Lille : Gwendoline Mahé, Clémence Roger, Ludivine Javourey-Drevet et Matthieu Bignon. Ces partenaires combinent des expertises en contrôle cognitif, apprentissage et compréhension de la lecture et troubles du langage comme la dyslexie développementale.

Sources : inspiré des éléments fournis par le Dr. Gwendoline Mahé

Photos : données par le Dr. Gwendoline Mahé

Parole de chercheur

‘‘ Mon rêve serait de construire un modèle explicatif des troubles du neurodéveloppement indiquant quels facteurs expliquent spécifiquement les difficultés de chaque trouble et quels facteurs expliquent les comorbidités. Cela serait déterminant pour cibler des remédiations spécifiques à chaque trouble et des remédiations communes. Ce projet est une première étape et permettra de tester l’impact d’un premier facteur, la détection des erreurs, sur les difficultés de lecture dans la dyslexie et le TDAH ’’ –  Dr. Gwendoline Mahé

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