Tester l’efficacité de molécules pour limiter l’infection cérébrale due à la toxoplasmose et protéger la mémoire

Dr. Nicolas Blanchard est directeur de recherches à l’Inserm et chef d’équipe au sein de l’Institut Toulousain des Maladies Infectieuses et Inflammatoires (Infinity), dont il est directeur adjoint. Ses recherches visent à mieux comprendre comment le parasite Toxoplasma Gondii échappe à l’immunité pour mieux persister, et comment il cause des dommages ‘collatéraux’ (liés à la neuroinflammation) sur le fonctionnement cérébral.
Le projet du Dr. Nicolas Blanchard, intitulé « Lutter contre l’échappement immunitaire de Toxoplasma gondii dans le cerveau pour prévenir les pathologies cérébrales associées » est financé par la Fondation à hauteur de 80 000€ dans le cadre de l’appel à projets 2025 « les mécanismes sous-tendant des approches thérapeutiques communes aux maladies du cerveau ».
Peut-être avez-vous déjà entendu parler de la toxoplasmose, notamment si vous êtes propriétaire d’un chat. Toxoplasma gondii est un parasite qui touche environ ⅓ de la population. L’infection se fait par la consommation d’eau ou de viande contaminée, ou par le contact avec des excréments de chat infecté, le seul animal dans lequel le parasite peut se reproduire complètement. Souvent bénin, le parasite peut néanmoins parfois persister dans le cerveau et provoquer une neuroinflammation, un phénomène associé à de nombreuses pathologies neurologiques. Ce parasite, en particulier, a été identifié comme étant impliqué dans la maladie d’Alzheimer. L’équipe de recherche s’intéresse à la capacité du parasite à échapper au système immunitaire via un mécanisme similaire à certains cancers, déjà ciblé par des traitements existants. Ce projet vise à tester l’efficacité de ces molécules pour limiter in fine les séquelles neurologiques, notamment sur la mémoire. À terme, les résultats pourraient ouvrir la voie à de nouveaux traitements visant à prévenir ou atténuer les complications neurologiques liées à l’infection par Toxoplasma gondii en particulier pour la maladie d’Alzheimer.
La neuroinflammation, les infections cérébrales, et les maladies neurologiques
La neuroinflammation est aujourd’hui bien reconnue comme étant associée à de nombreuses maladies neuropsychiatriques telles que l’épilepsie, la schizophrénie, la dépression, la maladie de Parkinson, ou encore la maladie d’Alzheimer. A l’origine de l’aggravation de la neuroinflammation, les infections cérébrales sont une cible intéressante pour les équipes de recherches. Les travaux de Nicolas Blanchard et son équipe se focalisent sur Toxoplasma Gondii, un parasite impliqué dans ces infections cérébrales.
Toxoplasma Gondii : un parasite qui module le système immunitaire
Si T. Gondii intéresse cette équipe, c’est pour sa capacité à duper le système immunitaire pour persister dans les neurones; on parle alors d’échappement immunitaire. En temps normal, lorsqu’un neurone est infecté par un parasite, il produit à sa surface une protéine qui signale l’infection aux cellules immunitaires, lesquelles viennent alors éliminer le neurone en question.
Dans le cas où le neurone est infecté par T. Gondii, le parasite va moduler l’expression génétique du neurone par un mécanisme épigénétique. Dans ce cas précis, il s’agit de masquer la partie du gène qui devrait être lue pour produire la “protéine signal”.
Cette protéine n’étant plus à la surface du neurone, le système immunitaire ne la détecte pas et le parasite persiste dans le cerveau sous forme de kyste. Un traitement est donc nécessaire pour éliminer le parasite et réduire la taille de ces kystes.
Rétablir la réponse immunitaire : un traitement contre le cancer pour limiter les effets du parasite
Le mécanisme d’échappement au système immunitaire de T. Gondii est similaire à celui qui est utilisé par les tumeurs. Il existe donc déjà des molécules thérapeutiques, approuvées ou au stade d’essai clinique, qui pourraient restaurer l’efficacité du système immunitaire en rétablissant la production de la “protéine signal”.
Le projet de recherche vise donc à tester l’efficacité de ces molécules pour réduire la charge parasitaire et limiter les effets du parasite, en particulier sur la mémoire spatiale et le développement de la maladie d’Alzheimer.
Réutiliser des molécules existantes pour un développement plus rapide du traitement.
Si le mécanisme utilisé par T. Gondii est bien le même que celui ciblé par les médicaments existants, ce projet permettra de réduire la charge parasitaire dans le cerveau et à en limiter les effets néfastes. Cela permettra ainsi de limiter l’apparition des maladies neurologiques associées à l’infection par T.gondii, en particulier de ralentir le développement de la maladie d’Alzheimer.
Les résultats de ce projet pourraient permettre d’obtenir un traitement plus rapidement que par les voies classiques, puisque les molécules thérapeutiques existent déjà et n’ont donc pas besoin d’être développées à des stades fondamental, préclinique, et clinique.
Equipes et partenaires
L’équipe de recherche de l’Institut Toulousain des Maladies Infectieuses et Inflammatoires (Infinity) est constituée de Nicolas Blanchard (Directeur de Recherches), Emilie Bassot (Technicienne), Renzo Gutierrez-Loli (Doctorant) et Frédéric Masson (Chargé de Recherches).
Le projet sera réalisé en collaboration avec Dr Elsa Suberbielle de l’Institut Toulousain des Maladies Infectieuses et Inflammatoires et Dr Guillaume Dorothée du Centre de Recherche Saint-Antoine à Paris.

Sources : inspiré des éléments fournis par le Dr. Nicolas Blanchard
Photos : fournies par le Dr. Nicolas Blanchard
Rédigé par : Quentin Le Boterff, scientifique et bénévole Pôle recherche
Parole de chercheur
« Grâce à votre générosité, nous avons le privilège de mener un projet de recherche innovant sur la neutralisation de l’échappement immunitaire de Toxoplasma gondii dans le cerveau, afin de prévenir les pathologies cérébrales associées. Votre soutien est essentiel pour faire avancer la compréhension et le traitement de ces maladies. Mon équipe et moi-même vous remercions chaleureusement pour votre engagement aux côtés de la recherche, et pour l’espoir que vous offrez aux patients. » – Nicolas Blanchard










