Développement de nouvelles stratégies pour traiter les comorbidités entre le TDAH et la douleur chronique
Mis à jour le 02/03/2026
Porteur du projet : Marc LANDRY – Institut des Maladies Neurodégénératives (IMN – Bordeaux)
Titre du projet : Mécanismes inflammatoires impliqués dans les comorbidités entre les troubles de déficit de l’attention/hyperactivité (TDAH) et la douleur.
Montant : 80 000 €
TDAH et douleur chronique : des troubles qui s’influencent mutuellement
Le trouble du déficit de l’attention/hyperactivité (TDAH) et la douleur chronique sont deux syndromes complexes d’origine multifactorielle. Le TDAH est un trouble du développement associé à des déficits cognitifs, émotionnels et comportementaux. Il s’agit de l’une des pathologies psychiatriques les plus courantes chez les enfants. La douleur chronique est une neuropathologie invalidante qui touche environ 20% de la population mondiale. Des données cliniques attestent d’une interaction entre ces deux pathologies : les patients atteints de TDAH signalent une altération de la perception de la douleur, et réciproquement, la douleur chronique augmente l’impulsivité et induit des déficits attentionnels et cognitifs chez l’homme et dans des modèles animaux précliniques. Les études sur ces deux syndromes sont généralement menées séparément, mais une meilleure connaissance des interactions entre les circuits neuronaux cognitifs, affectifs et de la douleur est essentielle pour développer de meilleures stratégies de traitement.
Une stratégie combinant études cliniques et modèles animaux
Ce projet vise à développer une stratégie thérapeutique innovante ciblant les mécanismes neuroinflammatoires corticaux et les circuits neuronaux impliqués dans les troubles comorbides du TDAH et des douleurs chroniques. Une première partie du projet consistera à réaliser une étude clinique de métabolomique chez des enfants atteints de TDAH pour définir les médiateurs inflammatoires impliqués. Dans une seconde partie, l’équipe utilisera un modèle murin de TDAH qui développe une sensibilisation douloureuse mettant en jeu la voie cortex cingulaire (ACC)-insula postérieure. Les chercheurs détermineront les processus inflammatoires dans cette région ainsi que les potentielles altérations neurochimiques en mesurant la libération de dopamine et d’autres neurotransmetteurs, et exploreront la plasticité fonctionnelle de l’ACC. Ils identifieront enfin par des approches virales les circuits neuronaux responsables du dysfonctionnement de la moelle épinière et de la sensibilisation douloureuse.
Identifier des cibles et biomarqueurs pour mieux traiter TDAH et douleur
Ce projet conduira à de nouvelles stratégies pour traiter les comorbidités TDAH/douleur chronique. Des biomarqueurs potentiels du TDAH qui contribueront à une meilleure gestion des patients TDAH souffrant de troubles douloureux pourront être identifiés.
Résultats : Le TDAH s’accompagne d’inflammation cérébrale et de dérèglements neuronaux
L’équipe a montré, dans un modèle murin préclinique de trouble de déficit de l’attention/ hyperactivité (TDAH), que les symptômes du TDAH s’accompagnent d’une neuroinflammation modérée. Ils ont également identifié une dérégulation des voies métaboliques, c’est-à-dire des ensembles de réactions chimiques essentielles au fonctionnement des cellules. Lorsque ces voies sont perturbées, les neurones ne fonctionnent plus de manière optimale, ce qui pourrait être une piste pour mieux comprendre ce qui conduit à une hyperactivation du cortex cingulaire, une région clé pour l’attention et le contrôle des impulsions, et une sensibilité accrue à la douleur.
Les chercheurs ont aussi étudié le rôle du « récepteur P2X4 », une protéine à la surface des cellules du cerveau qui s’active en présence d’une molécule énergétique des cellules, l’ATP. L’activation de ce récepteur modifierait l’activité neuronale et contribuerait aux symptômes du TDAH dans le modèle murin, sans influencer la sensibilité à la douleur selon les résultats des chercheurs.
Des observations préliminaires suggèrent enfin que les contacts entre neurones et cellules gliales pourraient être perturbés dans cette région du cortex, contribuant aux altérations observées.
Parallèlement, l’équipe mène une étude clinique chez des enfants avec TDAH et des sujets témoins, en analysant le sang et l’urine. Cette étude examine les voies métaboliques et certains composés clés afin de relier les observations chez l’animal aux marqueurs biologiques chez l’homme. Les prochaines étapes permettront de réaliser des analyses statistiques afin d’identifier les voies métaboliques les plus associées au TDAH.
Une partie des résultats a été publié dans une très bonne revue scientifique :
Bou Sader Nehme S*, Sanchez-Sarasua S*, Adel R, Tuifua M, Ali A, Essawy A, Abdel Salam S, Hleihel W, Boué-Grabot E, Landry M. (2024) P2X4 signalling contributes to hyperactivity but not pain sensitization comorbidity in a mouse model of Attention Deficit/Hyperactivity Disorder. Frontiers in Pharmacology. 14, 1288994

Photographie de l’équipe porteuse du projet
Ce projet translationnel rassemble des expertises complémentaires avec l’étude fondamentale du modèle murin de TDAH par l’équipe de Marc Landry et l’analyse clinique de prélèvements sanguins et urinaires d’enfants atteints de TDAH par l’équipe de Patrick Emond (Laboratoire Imagerie et Cerveau de Tours).
Marc Landry est Professeur de Biologie Cellulaire à l’Université de Bordeaux, et dirige une équipe de recherche à l’Institut des Maladies Neurodégénératives. Il est également Directeur-adjoint du Bordeaux Imaging Center. Spécialiste des douleurs chroniques, il étudie des mécanismes neurobiologiques qui sous-tendent les comorbidités entre sensibilisation à la douleur et pathologies neuropsychiatriques (anxiété, TDAH).
Témoignage de Marc Landry, porteur du projet
« Nos résultats faciliteront un diagnostic précoce et reproductible du TDAH et ouvriront la voie à des collaborations multicentriques. Dans le contexte de la médecine personnalisée, une meilleure compréhension des processus inflammatoires dans la physiopathologie du TDAH contribuera grandement à la stratification des patients, et à une meilleure prise en charge des patients TDAH souffrant de troubles douloureux. La contribution de la FRC et de ses donateurs participe à ces efforts pour adapter le diagnostic et les traitements en fonction de l’histoire et des caractéristiques médicales du patient considéré, de manière à proposer des soins personnalisés et plus efficaces ».
Le centre de recherche
Ce projet est issu d’une équipe de l’Institut des Maladies Neurodégénératives de Bordeaux.










