La stimulation cérébrale peut-elle améliorer les capacités d’anticipation altérées dans le TDAH et la schizophrénie ?

Dr. Anne Giersch, directrice de recherche à l’INSERM et responsable de l’équipe ‘Psychiatrie’ dans l’Unité Strasbourg Translational Neuroscience & Psychiatry à Strasbourg. Elle s’intéresse aux troubles du sens de soi dans la schizophrénie, en lien avec des expériences de perception du temps inhabituelles et fragmentées.

Le projet du Dr. Anne Giersch, intitulé « Attention et anticipation : quelles altérations dans le TDAH et la schizophrénie et quels effets de la TMS sur le cervelet CRUS I/II ?» est financé par la Fondation à hauteur de 80 000€ dans le cadre de l’appel à projets 2025 « les mécanismes sous-tendant des approches thérapeutiques communes aux maladies du cerveau ».

Que ce soit pour attraper le bus à temps ou éviter un obstacle en marchant, notre cerveau doit constamment anticiper ce qui va se passer et rester concentré au bon moment. Cette capacité à prévoir un événement futur et préparer une action adaptée avant qu’il n’arrive correspond à l’anticipation temporelle, étroitement liée à la capacité à maintenir l’attention dans le temps. Ces fonctions sont souvent altérées dans des troubles comme la schizophrénie et le Trouble Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH). La stimulation magnétique transcrânienne (TMS), technique non invasive de stimulation cérébrale, représente un espoir pour ces pathologies, mais son efficacité reste encore à démontrer. Cibler le cervelet apparaît comme une piste prometteuse mais peu encore exploitée en raison d’une connaissance limitée de ses effets et mécanismes. Ce projet vise à évaluer les effets de la stimulation magnétique transcrânienne dans la schizophrénie et le TDAH, afin d’en optimiser l’efficacité et de contribuer au développement de nouvelles approches de traitement pour les patients atteints de ces troubles.

 

Attention et prédiction : des mécanismes de l’anticipation altérés dans la schizophrénie et le TDAH

Traiter une information sensorielle en détail prend du temps. C’est pourquoi il est nécessaire d’anticiper les informations à venir afin de rester connecté avec son environnement. L’anticipation temporelle repose sur deux mécanismes complémentaires : des processus attentionnels, qui permettent de maintenir l’information dans le temps, et des mécanismes de prédiction automatiques, qui permettent au cerveau de prédire le déroulement d’un évènement de façon rapide et implicite. Le premier mécanisme est altéré dans la schizophrénie et le TDAH. Et les travaux du Dr. Anne Giersch et son équipe ont suggéré que les mécanismes automatiques sont altérés en cas de schizophrénie. Ces altérations expliqueraient les difficultés des patients à se connecter à ce qui les entoure, jusqu’à se confondre avec leur environnement et perdre la perception de leurs limites corporelles, et leur sens de soi.

 

La stimulation magnétique transcrânienne, une piste thérapeutique potentielle pour le TDAH et la schizophrénie

La stimulation magnétique transcrânienne (TMS) est une technique non invasive de stimulation du cerveau, qui représente un espoir pour de nombreuses pathologies psychiatriques mais qui n’a pas encore fait la preuve de son efficacité dans la schizophrénie ou le TDAH. Leur application reste limitée en raison du manque de connaissance sur leurs effets et leur mode d’action. L’objectif du projet, réalisé chez l’homme et la souris, est de réunir les éléments qui permettront d’éclairer les choix des modes de stimulation les plus efficaces pour ces deux troubles.

 

Cibler les processus d’anticipation altérés dans la schizophrénie et le TDAH en stimulant le cervelet

Les travaux antérieurs des chercheurs suggéraient l’implication du cervelet dans les capacités d’anticipation. En effet, leurs données indiquent que la TMS appliquée sur le cervelet permet d’améliorer les capacités de prédiction temporelle chez des volontaires sains. Le projet permettra de savoir si la TMS a ces effets bénéfiques par une amélioration de l’attention ou de mécanismes plus automatiques. En parallèle, les chercheurs distingueront les mécanismes attentionnels et automatiques dans la schizophrénie et le TDAH. Il s’agit de savoir quelles altérations peuvent être remédiées dans chacune de ces pathologies à l’aide de la TMS.

 

Vers des protocoles de stimulation plus efficaces pour la schizophrénie et le TDAH

L’application d’un protocole très similaire chez la souris est destinée à vérifier si d’autres protocoles de stimulation sont plus efficaces que ceux utilisés habituellement chez l’homme. Cette étape par l’animal permet d’éviter des études chez l’homme qui pourraient être pénibles pour les volontaires.

Ce projet permettra d’évaluer le potentiel thérapeutique de la stimulation magnétique transcrânienne dans la schizophrénie et le TDAH, afin d’en optimiser l’efficacité et de contribuer au développement de nouvelles approches de traitement pour ces troubles.

 

Equipes et partenaire

Le projet associe les équipes aux expertises complémentaires du Dr. Anne Giersch (Strasbourg), pour son expertise dans l’étude des troubles cognitifs liés aux pathologies psychiatriques, du Dr. Anne Bonnefond (Lyon) qui explore de longue date les troubles de l’attention soutenue, du Dr. Sébastien Weibel (Strasbourg), spécialiste reconnu du trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité et l’équipe du Dr. Philippe Isope (Strasbourg) spécialiste du rôle du cervelet dans le traitement temporel des informations.

 

Sources : inspiré des éléments fournis par le Dr. Anne Giersch

Photos : données par le Dr. Anne Giersch

Parole de chercheur

« Mon rêve est de mettre des traitements au point qui aident les patients. Pour cela je pense qu’il faut comprendre comment les traitements agissent. Je rêve de pouvoir expliquer aux patients ce qui leur arrive et comment agit leur traitement.   Nous ne pouvons pas compter (que) sur la chance pour trouver des traitements dans les pathologies psychiatriques. Le chemin qui consiste à résoudre les questions l’une après l’autre est long mais permettra d’expliquer ce que font les traitements aux patients. » – Anne Giersch

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