Par quels mécanismes la surconsommation de fructose impacte la santé mentale ?

Mis à jour le 14/04/2026

Titre du projet : Effets de la consommation de fructose sur les émotions : action directe sur le cerveau ou via le microbiote intestinal (MOODYFRUCTOSE)

Porteur du projet : Xavier FIORAMONTI – Laboratoire NutriNeuro (Neurocampus Bordeaux)

Montant : 80 000 €

 

« Ce financement permettra de financer l’étude clinique prévue dans ce projet, à savoir le recrutement de sujets sains qui seront testés pour leur intolérance au fructose et leur niveau d’anxiété et chez qui des selles seront recueillis. Le microbiote intestinal de ces sujets sera analysé et transféré à des souris afin de déterminer si un microbiote d’un sujet intolérant au fructose induit le développement de troubles émotionnel chez les animaux receveurs. […] Avoir une meilleure compréhension de ce que l’on mange et plus particulièrement comprendre l’impact de notre alimentation sur notre cerveau sont les deux questions qui guident mes recherches et celles de notre laboratoire. Sur la question de la « toxicité » du fructose que l’on trouve de plus en plus dans notre alimentation, il est primordial de pouvoir générer des données pré-cliniques et cliniques qui permettront d’affiner les recommandations alimentaires liées à la consommation de ce sucre » – Xavier Fioramonti

 

Fructose et neuroinflammation : un lien à explorer

Depuis un siècle, les habitudes nutritionnelles ont drastiquement changé dans les pays développés, vers une plus grande consommation de sucre. Plus particulièrement, l’augmentation de la consommation de fructose a été mise en avant par l’Anses comme étant un problème de santé publique. En effet, ce sucre naturellement présent dans le miel ou les fruits a été largement ajouté aux aliments transformés (soda, plats industriels…). Pendant des milliers d’années, l’homme en a consommé moins de 5g/jour alors qu’il atteint actuellement 50-80g/jour aux États-Unis et 30kg/an en France. Alors qu’un grand nombre d’études montrent les effets délétères d’une consommation exacerbée de fructose sur les troubles métaboliques, ses effets sur les fonctions cérébrales et la santé mentale ont été peu étudiés malgré quelques données suggérant son impact potentiel sur le développement de troubles de l’humeur (anxiété, dépression). Des travaux ont montré par ailleurs que les troubles de l’humeur se caractérisent par une neuroinflammation, un processus bien connu pour être affecté par des altérations du microbiote.

 

Objectif du projet MoodyFructose : comprendre comment le fructose impacte l’humeur

Sur la base de données préliminaires solides, le projet MoodyFructose a pour objectif de déterminer les mécanismes par lesquels une surconsommation de fructose induit une neuroinflammation et altère l’humeur. Les chercheurs se concentreront sur deux mécanismes non exclusifs : l’effet direct du fructose sur la microglie (cellules immunitaires) du cerveau et l’action indirecte du fructose par l’altération de l’homéostasie intestinale (déséquilibre de la flore intestinale, inflammation de l’épithélium, augmentation de la perméabilité). Ils testeront ces hypothèses en utilisant des approches complémentaires et translationnelles, notamment via l’utilisation de modèles murins transgéniques originaux, et en parallèle via une étude clinique chez l’homme grâce au recrutement d’une cohorte de volontaires sains. Des analyses comportementales, neurophysiologiques et moléculaires seront effectuées. Les scientifiques vérifieront ainsi si la consommation de fructose affecte les comportements émotionnels en réponse à une neuroinflammation microgliale et/ou en réponse à une inflammation périphérique résultant d’une modification du microbiote intestinal.

 

Vers de meilleures recommandations nutritionnelles

Ce projet fournira des données importantes pour améliorer la recommandation nutritionnelle de la consommation de fructose.

 

Résultats : La malabsorption du fructose provoque un déséquilibre du microbiote et augmente l’anxiété

Les chercheurs ont montré que le fructose agit directement sur les cellules immunitaires du cerveau, appelées microglies, en modulant leur réponse inflammatoire. Ils ont également observé qu’une alimentation riche en fructose entraîne des modifications du comportement émotionnel chez les animaux, ainsi qu’un déséquilibre du microbiote intestinal. Chez des souris génétiquement incapables d’absorber correctement le fructose, ces altérations du microbiote s’accompagnent de troubles émotionnels lorsque les animaux suivent un régime riche en fructose. De manière cohérente, chez des volontaires humains sains présentant une malabsorption du fructose, les chercheurs ont constaté un déséquilibre similaire du microbiote intestinal, associé à une augmentation des traits anxieux. Ces résultats mettent en évidence le lien étroit entre fructose, inflammation cérébrale, microbiote et régulation des émotions.

Les chercheurs ont publié ces résultats prometteurs dans la revue scientifique Brain, Behavior, and Immunity.

Coursan A., et al. (2025). Fructose malabsorption induces dysbiosis and increases anxiety in male human and animal models. Brain, Behavior, and Immunity. DOI: 10.1016/j.bbi.2025.106221

 

Schéma bilan des résultats du projet


Cette étude sera effectuée par un consortium de trois équipes aux compétences complémentaires et internationalement reconnues : l’équipe dont fait partie Xavier Fioramonti, experte dans l’impact des régimes alimentaires déséquilibrés sur les réseaux cérébraux contrôlant la prise alimentaire et les comportements émotionnels, l’équipe du Dr. Véronique Douard (Laboratoire INRAE Micalis de Jouy-en-Josas) spécialiste de l’impact des sucres alimentaires sur les pathologies métaboliques et la physiologie intestinale, et l’équipe du Dr. Chloé Melchior (CHU de Rouen) qualifiée pour le recrutement des patients et l’évaluation des symptômes d’anxiété et de dépression.


Photo et schéma par Xavier Fioramonti et son équipe

 

Xavier Fioramonti est Chargé de Recherche INRAE au Laboratoire NutriNeuro de l’Université de Bordeaux. Il travaille sur la détection des nutriments dans le cerveau depuis plus de 15 ans. Il s’intéresse notamment à l’effet des sucres issus de l’alimentation sur le fonctionnement cérébral, et comment ces glucides régulent les circuits de prise alimentaire et de l’humeur. Il a été l’un des premiers à caractériser des neurones particuliers dont l’activité électrique est directement modulée par des variations de concentrations de glucose.

LE CENTRE DE RECHERCHE

Ce projet est issu d’une équipe du Laboratoire NutriNeuro basé sur le Neurocampus de Bordeaux.

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