Et s’il fallait s’intéresser à d’autres cellules que les neurones pour contrer les troubles du neurodéveloppement et l’épilepsie ?

Le Dr. Anne Roumier est professeure des universités à Sorbonne Université, rattachée à l’Institut de Biologie Paris-Seine et fait ses recherches au sein de l’équipe « Neuroimmunité, développement et plasticité ». Celles-ci portent sur l’étude du rôle de la microglie dans les troubles du neurodéveloppement.
Le projet du Dr. Anne Roumier, intitulé « Microglie dysfonctionnelle : une origine commune pour l’apparition de troubles du neurodéveloppement et de l’épilepsie, qui pourrait ouvrir une nouvelle voie thérapeutique », est financé par la Fondation à auteur de 80 000 € dans le cadre de l’appel à projet 2025 « Les mécanismes fondamentaux sous-tendant des approches thérapeutiques communes aux maladies du cerveau ».
Bien que les neurones soient les plus connus, d’autres cellules du cerveau jouent un rôle crucial, notamment les microglies, cellules immunitaires présentes dès le développement fœtal. Elles participent à la formation et à la maturation des circuits neuronaux, régulant nos comportements. Des nombreuses études ont montré que des perturbations précoces de la microglie favorisent l’apparition de troubles du neurodéveloppement, tels que l’autisme. De plus, une forte comorbidité entre troubles du neurodéveloppement et épilepsie est observée, suggérant une origine commune. Pourtant, ces deux pathologies sont encore majoritairement étudiées de manière indépendante. Ce projet vise à comprendre comment des dysfonctionnements précoces de la microglie peuvent constituer un facteur de risque commun aux troubles du neurodéveloppement et à l’épilepsie. Il cherche également à évaluer si ces cellules pourraient représenter une cible thérapeutique, notamment grâce à l’utilisation d’une technologie innovante. Identifier un tel mécanisme partagé ouvrirait la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques ciblant spécifiquement ces cellules.
Au-delà des neurones : le rôle essentiel des cellules microgliales dans le cerveau
Notre cerveau n’est pas composé uniquement de neurones, et de nombreuses maladies neurologiques ne résultent pas seulement d’un dysfonctionnement de ces cellules. De plus en plus d’études mettent en évidence l’implication du système immunitaire dans les pathologies cérébrales. Cela suggère un rôle potentiel des principales cellules immunitaires présentes dans le cerveau : les cellules microgliales. Ces cellules, qui régulent les connexions et l’activité des neurones, sont aujourd’hui au cœur des recherches. Elles pourraient jouer un rôle clé dans les troubles du neurodéveloppement et l’épilepsie.
Des microglies altérées peuvent induire des comportements de type autistique
Pour mieux comprendre le rôle de ces cellules, les chercheurs ont développé un modèle murin présentant un défaut spécifique exclusivement au niveau de la microglie : les microglies de ces souris n’avaient pas de récepteurs à la sérotonine, un neurotransmetteur. À lui seul, ce défaut suffit à provoquer des altérations comportementales similaires à celles observées dans les troubles du spectre de l’autisme, comme une diminution de la sociabilité, des difficultés d’adaptation ou une anxiété accrue. Ils ont également constaté que les cellules microgliales, dans ce modèle, présentent des dérégulations de nombreux gènes associés aux troubles du neurodéveloppement et à l’épilepsie. Toutefois, les mécanismes d’action de ces gènes restent encore mal compris et n’ont, jusqu’à présent, été étudiés que dans les neurones.
Cibler les gènes de la microglie pour comprendre et corriger les troubles
Le projet vise à déterminer quels sont les gènes propres à la microglie qui influencent les comportements observés dans les troubles neuropsychiatriques. Les chercheurs examineront si la suppression de ces gènes augmente la vulnérabilité aux crises d’épilepsie. En particulier, trois gènes candidats seront étudiés afin d’évaluer leur rôle dans des fonctions essentielles de la microglie, comme leur capacité à se déplacer et à éliminer des connexions neuronales. Enfin, les chercheurs tenteront de corriger les troubles observés en réintroduisant ces gènes dans la microglie grâce à une approche innovante : des nanoparticules lipidiques capables de délivrer des ARN ciblés directement dans ces cellules ou autrement dit, de minuscules “capsules” de graisse qui permettent d’envoyer des messages génétiques directement dans des cellules microgliales. Cette stratégie permet de contourner la résistance naturelle de la microglie aux méthodes classiques de transfert de gènes.
Vers des thérapies commune aux troubles neurodéveloppementaux et à l’épilepsie
Ce projet mettra en lumière le rôle de la microglie dans l’origine des troubles neurodéveloppementaux et de l’épilepsie, et testera la possibilité d’utiliser ces cellules comme cible thérapeutique commune pour ces deux types de pathologie. En outre, il permettra de de développer et de caractériser un nouvel outil capable de modifier l’expression des gènes dans la microglie grâce à un transfert ciblé d’ARN. Cette approche pourrait, à terme, ouvrir des perspectives pour le traitement d’autres maladies du cerveau.
Equipes et partenaire : Ce projet sera mené par l’équipe du Dr. Roumier (Paris) spécialiste des microglie et du développement cérébral en collaboration avec l’équipe du Dr. Poncer (Paris), à l’Institut du Cerveau, spécialiste dans l’étude de l’épilepsie. Il bénéficiera également de la collaboration du laboratoire du Dr Anders Edzerodt, à Aarhus University (Danemark), pour la production de nanoparticules lipidiques fonctionnalisées.

Sources : inspiré des éléments fournis par le Dr. Anne Roumier
Photos : fournies par le Dr. Anne Roumier
Rédigé par Aurelia P., scientifique et bénévole au Pôle Recherche
« Je souhaite que notre travail permette d’envisager de nouvelles causes possibles à l’origine des troubles du neurodéveloppement et de l’épilepsie, afin de pouvoir mieux expliquer aux personnes avec ces troubles et à leur famille ce qui dysfonctionne. L’objectif est que cette connaissance permette des approches thérapeutiques adaptées aux causes moléculaires et cellulaires de ces troubles, donc mieux ciblées et plus efficaces. Au niveau de mon équipe, pour les années à venir, je voudrais que nous interagissions davantage avec des cliniciens au contact des patients, afin que nos découvertes en recherche fondamentale aient des retombées pratiques plus rapidement. » – Dr. Anne Roumier










