Sur la voie de développement d’une molécule thérapeutique dans les symptômes addictifs et dépressifs

Le Dr. Peter Vanhoutte est directeur de recherche au CNRS et pilote une équipe au Centre de Neuroscience de Sorbonne Université spécialisée dans l’étude des troubles psychiatriques. Ses travaux visent à identifier les altérations cérébrales qui sous-tendent ces pathologies afin de développer des stratégies d’intervention permettant d’atténuer les symptômes dans des modèles précliniques.

Le projet du Dr. Peter Vanhoutte, intitulé « Optimisation d’une stratégie cliniquement pertinente pour traiter les addictions et la dépression.», est financé par la Fondation à hauteur de 79 000 € dans le cadre de l’appel à projet 2025 « Les mécanismes fondamentaux sous-tendant des approches thérapeutiques communes aux maladies du cerveau ».

 

 

 

 

Le saviez-vous ? Près de 50 % des personnes souffrant d’addiction présentent aussi un trouble de l’humeur, et réciproquement. Pourtant, ces maladies sont encore traitées séparément, avec des thérapies souvent peu efficaces et un risque élevé de rechute. Ce projet part d’une découverte récente par les chercheurs du projet : un mécanisme biologique commun à ces deux pathologies. Une interaction anormale entre deux protéines semble jouer un rôle central dans ces deux pathologies. L’objectif est de développer une véritable stratégie thérapeutique innovante capable de corriger ce dysfonctionnement à la source, grâce à une molécule spécifiquement conçue pour bloquer cette interaction pathologique, sans perturber le fonctionnement normal du cerveau. Cette approche innovante pourrait être administrée de manière simple, sans intervention directe dans le cerveau. À terme, les résultats pourraient ouvrir la voie à un traitement commun de l’addiction et de la dépression, plus ciblé, plus efficace et mieux toléré, avec un potentiel impact majeur en santé mentale.

 

Addictions et dépression : deux maladies souvent liées mais encore mal traitées

Les addictions et les troubles de l’humeur, comme la dépression, touchent des millions de personnes et sont très souvent associés : près de 50 % des patients souffrant d’addiction présentent aussi un trouble de l’humeur, et réciproquement. Cette forte co-occurrence suggère l’existence de mécanismes biologiques communs dans le cerveau. Pourtant, ces deux types de troubles sont encore traités séparément, avec des traitements souvent peu efficaces et un risque élevé de rechute. Il devient donc crucial d’identifier des mécanismes unificateurs et de concevoir des approches thérapeutiques plus efficaces et mieux tolérées.

 

Un mécanisme cérébral commun : l’interaction anormale entre deux systèmes clés

Les résultats préliminaires des chercheurs et partenaires ont mis en évidence un mécanisme commun à ces deux pathologies, une interaction excessive entre deux récepteurs clés du cerveau : le récepteur de la dopamine appelé D1, impliqué entre autre dans la motivation et le plaisir, et le récepteur au glutamate appelé NMDA, essentiel à la communication entre neurones. Chez l’animal, le fait de bloquer cette interaction permet déjà de réduire les comportements addictifs ainsi que les symptômes dépressifs, tout en préservant les comportements normaux liés aux récompenses naturelles, un point essentiel pour éviter des effets secondaires majeurs.

 

Optimiser un traitement innovant, ciblant directement ce mécanisme

Le projet vise à développer une molécule capable d’inhiber spécifiquement cette interaction pathologique entre les récepteurs D1 et NMDA, après une simple injection dans l’organisme, sans intervention directe dans le cerveau. Il repose sur des travaux préliminaires solides ayant permis d’identifier un premier composé prometteur, déjà protégé par brevet. Sa structure constituera la base d’une optimisation visant à renforcer sa pénétration cérébrale et sa sélectivité. Par ailleurs, les équipes disposent d’outils uniques pour analyser sa capacité à  bloquer le mécanisme anormal dans le cerveau et à en évaluer les effets comportementaux.

 

De la preuve de concept à une nouvelle génération de traitements en psychiatrie

Le projet vise à démontrer que cette molécule peut atteindre sa cible dans le cerveau et produire un effet thérapeutique dans des modèles précliniques d’addiction et de dépression. Si ces résultats sont confirmés, cette approche pourrait ouvrir la voie à une nouvelle stratégie de traitement commune à ces deux pathologies majeures, et plus largement à d’autres troubles psychiatriques liés à un déséquilibre entre dopamine et glutamate. Cette approche représenterait une avancée majeure vers un traitement plus simple à administrer et potentiellement plus transposable en clinique.

 

Equipes et partenaires : Le projet est coordonné par le Dr Peter Vanhoutte et son équipe, spécialiste des bases cellulaires et moléculaires des troubles psychiatriques. Il s’appuie sur une collaboration étroite avec les équipes dirigées par le Dr Jacques Barik (Institut de Pharmacologie Moléculaire et Cellulaire, Nice) expert des mécanismes du stress et de l’addiction, dont les modèles comportementaux sont essentiels à l’évaluation des effets du composé développé. Le Dr. Nicolas Pietrancosta (Centre de Neuroscience de Sorbonne-Université) apporte son expertise en neuropharmacologie et chimie médicinale pour la conception et l’optimisation des molécules ciblées. Le projet bénéficie également de collaborations internationales et nationales, notamment avec le Dr Pierre Trifilieff (Laboratoire Nutrineuro, Bordeaux), pour l’analyse des comportements motivés, et le Dr Jonathan Javitch (Columbia University, USA), spécialiste de la signalisation dopaminergique et de ses altérations dans les troubles psychiatriques.

 

 

Sources : inspiré des éléments fournis par le Dr. Peter Vanhoutte

Photos : données par le Dr. Peter Vanhoutte

Parole de chercheur

« Mon souhait pour les prochaines années est de transformer ce concept en une approche
thérapeutique crédible. Je souhaite sincèrement remercier la Fondation pour la Recherche sur
le Cerveau et ses donateurs pour leur soutien déterminant » – Peter Vanhoutte

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