Et si les premiers mouvements d’un bébé prématuré pouvaient aider son cerveau à mieux se développer ?

Le Dr Jessica Dubois est directrice de recherche en Neurosciences à l’Inserm, au sein de l’unité NeuroDiderot, de l’Institut Robert-Debré du Cerveau de l’Enfant (Paris) et du centre NeuroSpin (CEA Saclay), où elle dirige l’équipe inDEV depuis 2019. S’appuyant sur des études en neuroimagerie du nourrisson, ses recherches visent à mieux comprendre comment certains facteurs de risque peuvent perturber le développement précoce du cerveau et conduire à des troubles variés du neurodéveloppement.

 

Le projet du Dr Jessica Dubois, intitulé « MyelinPrema : Renforcer la myélinisation de la substance blanche chez le nourrisson prématuré en entraînant la locomotion pour prévenir la survenue de troubles du neurodéveloppement et de paralysie cérébrale», est financé par la Fondation à hauteur de 80 000 € dans le cadre de l’appel à projet 2025 « Les mécanismes fondamentaux sous-tendant des approches thérapeutiques communes aux maladies du cerveau ».

 

 

 

Chaque année en France, environ 55 000 bébés naissent prématurément (c’est-à-dire à moins de 8 mois de grossesse). Or, chaque mois de grossesse compte pour le développement du cerveau. La grande prématurité peut augmenter le risque de difficultés motrices, sensorielles ou cognitives, notamment de paralysie cérébrale. Mais le cerveau du nouveau-né possède aussi une grande capacité à se modifier et à s’adapter : c’est la plasticité cérébrale. Ce projet cherche à comprendre si un entraînement très précoce de la locomotion peut favoriser le développement cérébral des nourrissons prématurés pour prévenir la survenue de troubles liés à la prématurité. Les chercheurs s’intéressent notamment à la myélinisation, un processus au cours duquel la myéline, une couche riche en graisses qui enveloppe les fibres nerveuses, se forme pour les protéger et faciliter la transmission des informations nerveuses. Leur hypothèse : stimuler les premiers mouvements du bébé pourrait contribuer au développement des réseaux cérébraux impliqués dans les mouvements et les apprentissages en favorisant entre autres la myélinisation. Ce projet devrait permettre des avancées majeures pour limiter la survenue, au cours de la petite enfance, de troubles neurodéveloppementaux variés causés par la prématurité, ainsi que des handicaps moteurs comme la paralysie cérébrale.

 

Prématurité : un risque accru de troubles du neurodéveloppement

La prématurité est un facteur de risque important de troubles du neurodéveloppement, mais tous les enfants prématurés ne sont pas concernés de la même manière. On parle de prématurité lorsqu’un bébé naît plus de trois semaines avant la date prévue de l’accouchement.  Les nourrissons nés avec une extrême ou une grande prématurité sont notamment davantage exposés au risque de paralysie cérébrale. Une prématurité modérée ou tardive peut également être associée à des difficultés, notamment sur les plans moteur, sensoriel ou dans les apprentissages. Après la naissance, le cerveau présente une forte plasticité : il peut se modifier en fonction des expériences et des stimulations reçues. Intervenir tôt pourrait donc favoriser son développement et limiter l’apparition de certains déficits.

 

Le mouvement, une piste pour favoriser le développement cérébral chez les bébés prématurés

Des travaux récents ont montré que stimuler précocement les mouvements pouvait avoir des effets bénéfiques chez certains nourrissons extrêmement ou grands prématurés sans lésion cérébrale. Cette stimulation peut notamment être réalisée à l’aide du CrawliSkate, un mini-skateboard spécialement conçu pour entraîner les mouvements des bébés. Ce projet cherche à comprendre pourquoi cette intervention pourrait être bénéfique. Les chercheurs font l’hypothèse que cet entraînement locomoteur stimule la maturation des fibres nerveuses impliquées dans la sensori-motricité, c’est-à-dire dans la capacité à percevoir son environnement et à produire des mouvements adaptés.

 

La myéline : un élément essentiel à la maturation du cerveau

La myéline est une gaine riche en lipides qui entoure certains prolongements des neurones, appelées axones. Elle joue un rôle essentiel dans la transmission rapide et efficace des informations nerveuses.

La formation progressive de cette gaine, appelée myélinisation, accompagne le développement du cerveau. La substance blanche, qui contient notamment de nombreux axones myélinisés, participe ainsi à la communication entre différentes régions cérébrales.

Les chercheurs souhaitent déterminer si l’entraînement locomoteur précoce peut influencer cette myélinisation, notamment dans les réseaux cérébraux liés à la sensori-motricité. Ces réseaux participent ensuite au développement de fonctions cérébrales plus complexes au cours de l’enfance.

 

Comparer la maturation cérébrale chez les nourrissons prématurés entraînés ou non

Pour tester cette hypothèse, les chercheurs mettent en place deux études permettant de suivre l’évolution du comportement et le développement du cerveau des nourrissons au cours du temps. La première, déjà en cours, concerne des nourrissons nés avec une extrême ou une grande prématurité et présentant une lésion cérébrale. La seconde sera menée auprès de nourrissons nés avec une prématurité modérée ou tardive, sans anomalie cérébrale majeure suspectée. Ils seront comparés à des nourrissons nés à terme.

Les chercheurs compareront la myélinisation chez des nourrissons ayant bénéficié d’un entraînement locomoteur sur le CrawliSkate et chez des nourrissons qui n’en ont pas bénéficié. Ils utiliseront également des techniques avancées d’imagerie par résonance magnétique (IRM) pour caractériser plus finement le développement de la myéline dans le cerveau.

 

Prévenir les troubles du neurodéveloppement liés à la prématurité

L’ambition du projet est de mieux comprendre les mécanismes qui pourraient expliquer les bénéfices d’une intervention locomotrice précoce chez les nourrissons prématurés. Ces résultats apporteront des éléments clefs sur l’efficacité de cet entrainement, qui pourrait être proposé à tous les nourrissons prématurés et être réalisé à domicile par les parents.

À plus long terme, ces connaissances pourraient contribuer à améliorer la prise en charge des nourrissons prématurés à risque et à mieux prévenir certains troubles du neurodéveloppement, notamment les difficultés motrices et la paralysie cérébrale.

 

Equipes et partenaires : Le projet MyelinPrema repose sur la collaboration de l’équipe de Jessica Dubois, spécialiste du développement précoce du cerveau et des techniques de neuroimagerie (équipe inDEV, unité NeuroDiderot, Paris, et centre NeuroSpin, Saclay), avec l’équipe de Marianne Barbu-Roth, spécialisée dans le développement moteur et locomoteur précoce des nourrissons (équipe Perception et Action, INCC, Paris), ainsi qu’avec les équipes cliniques du Pr Valérie Biran (Service de Néonatologie et réanimation néonatale, Hôpital Robert-Debré, Paris) et du Dr Jean Gaschignard (Service de Pédiatrie, Hôpital Paris-Saclay).

 

 

 

 

Rédigé par Océane Delvarre, rédactrice scientifique bénévole au Pôle Recherche

Sources : inspiré des éléments fournis par le Dr Jessica Dubois

Photos : transmises par le Dr Jessica Dubois

 

Parole de chercheuse

 » Le rôle de la Fondation et de ses donateurs est vraiment important pour financer ce genre de projet de recherche et nous les remercions ! Les recherches menées chez les jeunes enfants ne sont pas faciles à réaliser et elles requièrent des personnes motivées pour compléter nos équipes. Mais ces recherches valent le coup car elles peuvent réellement « changer la donne » pour améliorer la qualité de vie de nombreux enfants et de leurs familles. » – Jessica Dubois

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