Dépression dans la maladie d’Alzheimer : un peptide contre l’inflammation du cerveau pourrait-il offrir un nouveau traitement ?
Le Pr Nathalie Janel est enseignante-chercheure en biologie cellulaire et physiologie à l’Université Paris Cité et elle dirige la licence “Sciences de la Vie”. Rattachée au l’Unité de Biologie Fonctionnelle et Adaptative, elle mène des travaux de recherche pour comprendre comment des altérations du métabolisme et de la cognition modifient la biochimie et la physiologie dans les maladies neurodéveloppementales et neurodégénératives.
Le projet du Pr. Nathalie Janel, intitulé “Utilisation d’un peptide thérapeutique pour contrer la neuroinflammation impliquée dans le trouble dépressif majeur et la maladie d’Alzheimer” est financé par la Fondation à hauteur de 80 000€ dans le cadre de l’appel à projets 2025 “les mécanismes sous-tendant des approches thérapeutiques communes aux maladies du cerveau”.
Quand on pense à la maladie d’Alzheimer, on imagine le déclin cognitif et les difficultés qu’il peut entrainer au quotidien. Ce sont les symptômes les plus visibles de cette maladie neurodégénérative. Pourtant, la dépression majeure, trouble psychiatrique qui peut survenir à tout âge, en est aussi une manifestation fréquente. Des études ont montré que la dépression augmente le risque de développer la maladie d’Alzheimer. D’ailleurs, les deux pathologies partagent des mécanismes biologiques communs, notamment l’inflammation du cerveau. Ces observations suggèrent qu’il pourrait être pertinent de cibler ce mécanisme commun. Dans cette perspective, le laboratoire a identifié un peptide, une molécule biologique, capable d’agir sur la neuro-inflammation et d’améliorer la mémoire spatiale chez l’animal. Ce peptide représente une piste thérapeutique. Ce projet vise à évaluer ses effets antidépresseurs et son efficacité dans un modèle murin de maladie d’Alzheimer. A terme, les résultats pourraient fournir de solides arguments aux médecins pour adapter cette approche dans des essais thérapeutiques chez l’Homme. Cela offrirait une nouvelle façon de soigner la dépression chez les patients atteints de la maladie d’Alzheimer.
Trouble dépressif majeur et maladie d’Alzheimer : une coexistence fréquente
La dépression majeure est le trouble psychiatrique le plus fréquent dans la population générale. Elle peut survenir à tout âge. Chez les personnes âgées, elle s’accompagne souvent d’un déclin cognitif imitant des symptômes de la maladie d’Alzheimer. A l’inverse, cette maladie neurodégénérative est souvent associée à des symptômes dépressifs qui peuvent apparaître avant les troubles de mémoire. Les deux maladies coexistent donc fréquemment.
Une neuro-inflammation commune aux deux maladies
Des études suggèrent que la survenue de la dépression augmente le risque de développer la maladie d’Alzheimer. En accord avec ces données, ces deux pathologies partagent des mécanismes biologiques en commun, notamment la neuro-inflammation. La neuro-inflammation est une réaction inflammatoire au sein du système nerveux, impliquant notamment des cellules qui participent à sa défense. Si cette réaction est nécessaire à la protection du cerveau, elle peut aussi, lorsqu’elle devient excessive ou persistante, contribuer à son dysfonctionnement.
C’est dans cette perspective que les chercheurs étudient un peptide aux propriétés neuroprotectrices, afin d’évaluer son potentiel pour atténuer l’inflammation cérébrale et les symptômes dépressifs associés à la maladie d’Alzheimer.
Un peptide au potentiel thérapeutique pour réduire la neuro-inflammation
Cibler un mécanisme commun apparaît comme une piste prometteuse. Dr Janel et son équipe ont testé un peptide qui possède des propriétés favorisant la croissance, la survie et la protection des neurones. Leurs travaux ont montré qu’il régule des mécanismes cellulaires de la neuro-inflammation, et améliore la mémoire spatiale, notamment au cours du vieillissement chez la souris. Cependant, son efficacité sur les symptômes dépressifs dans la maladie d’Alzheimer reste encore à démontrer.
Ce projet vise à évaluer les propriétés antidépresseurs de ce peptide chez deux modèles murins reproduisant la maladie d’Alzheimer. Ses effets seront étudiés à différents stades de la maladie au moyen de tests comportementaux et d’une imagerie par résonance magnétique (IRM) fonctionnelle.
Vers une nouvelle approche thérapeutique de la dépression dans la maladie d’Alzheimer
En étudiant les effets du peptide à différents stades de la maladie d’Alzheimer, les chercheurs souhaitent déterminer s’il pourrait atténuer les symptômes dépressifs avant l’apparition de la maladie et à ses débuts. À plus long terme, les résultats de ces travaux précliniques pourraient apporter des arguments en faveur du développement de cette approche thérapeutique chez l’humain. La bonne tolérance généralement associée aux peptides, des molécules naturellement présentes dans l’organisme, ainsi que le recours à des techniques d’imagerie par résonance magnétique (IRM) non invasives, constituent des atouts pour envisager de futures applications thérapeutiques.

Equipes et partenaires : Le projet réunit 3 chercheurs qui collaborent régulièrement depuis plusieurs années : Pr Nathalie Janel, Dr Le Stunff et Dr Boido. Chacun est rattaché à une institution différente : le Pr Nathalie Janel est affiliée à l’Unité de Biologie Fonctionnelle et Adaptative (BFA – CNRS UMR 8251) de l’Université Paris Cité; le Dr Le Stunff travaille à l’Institut des Neurosciences Paris-Saclay (NeuroPSI); et, le Dr Boido est basé au centre de recherche Neurospin, situé sur le site du CEA Paris-Saclay. Ensemble, ils combinent des expertises en neuroinflammation, modélisation moléculaire et imagerie cérébrale.
Rédigé par Mireille Tsitokana, rédactrice scientifique bénévole au Pôle Recherche
Sources : inspiré des éléments fournis par le Dr Janel
Photos : transmises par le Dr Janel










