Des ultrasons pour moduler les mécanismes de la peur
La peur est indispensable à notre survie : elle nous permet de repérer les dangers et d’adapter notre comportement. Mais cette capacité a aussi ses limites. Une fois la menace disparue, notre cerveau doit pouvoir actualiser ce qu’il a appris et comprendre qu’une situation n’est plus dangereuse. Comment favoriser ce processus ? Des chercheurs de l’université Radboud, aux Pays-Bas, ont exploré une piste originale : moduler l’activité d’une région cérébrale impliquée dans l’apprentissage de la peur, l’amygdale, grâce à des ultrasons. Ces résultats ont été publiés dans la revue Sciences Advances.
L’amygdale, au cœur de l’apprentissage de la peur
Au cœur du cerveau se trouve l’amygdale, une petite structure qui participe au traitement des expériences émotionnelles, notamment à l’apprentissage des menaces. Elle contribue à associer certains signaux à un danger potentiel et à déclencher les réactions qui nous permettent d’y faire face.
Les recherches menées chez l’animal ont déjà mis en évidence son rôle dans la peur. Les observations par imagerie cérébrale chez l’humain montrent également que cette région s’active lorsqu’une personne éprouve de la peur. Mais son rôle précis dans l’apprentissage et la diminution de la peur restait à éclaircir.
Pour étudier cette question, les chercheurs ont utilisé une technique de stimulation cérébrale par ultrasons focalisés, qui permet de cibler une région du cerveau sans intervention chirurgicale.
Des ultrasons pour modifier l’apprentissage de la peur
Les chercheurs ont conçu une expérience dans laquelle des participants voyaient des images de serpents, dont certaines étaient parfois suivies d’une légère décharge électrique. Les participants pouvaient ainsi apprendre progressivement à associer certains serpents à une expérience désagréable.
Pendant une partie de l’expérience, les chercheurs stimulaient simultanément l’amygdale par ultrasons. Pour d’autres images, cette stimulation n’était pas appliquée.
Ils ont utilisé la stimulation ultrasonore transcrânienne (transcranial ultrasound stimulation, ou TUS), une technique non invasive qui emploie des ondes sonores de très haute fréquence. Celles-ci traversent le crâne et les tissus pour atteindre des régions cérébrales ciblées, y compris profondes, et en moduler temporairement l’activité, sans chirurgie ni électrodes implantées.
Les résultats montrent que la réponse de peur se développait plus lentement lorsque l’amygdale était stimulée. Les participants avaient besoin de davantage de répétitions pour associer certaines images au danger, mais finissaient tout de même par apprendre cette association.
La stimulation semblait donc modifier la vitesse à laquelle la peur se mettait en place.
Une peur qui s’atténue plus rapidement
Le résultat le plus remarquable est apparu dans la phase suivante de l’expérience. Les images précédemment associées à une décharge électrique étaient alors présentées sans être suivies du choc. Les participants pouvaient ainsi apprendre que le signal ne prédisait plus le danger.
Cette fois, la réponse de peur diminuait plus rapidement pour les images associées à la stimulation ultrasonore lors de la phase d’apprentissage initiale. Pourtant, les ultrasons n’étaient plus appliqués pendant cette phase.
Ce résultat suggère que la stimulation de l’amygdale ne modifie pas seulement la manière dont une association de peur se forme : elle pourrait aussi influencer la facilité avec laquelle cette association peut ensuite être révisée.
Autrement dit, le cerveau ne doit pas uniquement apprendre à reconnaître un danger. Il doit aussi pouvoir apprendre que ce danger n’est plus présent.
Une découverte prometteuse pour certains troubles psychiques
Ces résultats ouvrent une piste de recherche pour les troubles dans lesquels les souvenirs de menace et les réactions de peur persistent, notamment certains troubles anxieux et le trouble de stress post-traumatique.
L’une des approches utilisées pour traiter ces difficultés est la thérapie d’exposition. Elle consiste à confronter progressivement une personne, dans un cadre thérapeutique sécurisé, aux situations ou aux souvenirs qu’elle redoute. L’objectif est notamment de favoriser un nouvel apprentissage : celui selon lequel le signal redouté ne conduit pas nécessairement au danger attendu.
Les chercheurs envisagent que la stimulation ultrasonore puisse, à l’avenir, compléter ce type de thérapie en facilitant la modification des souvenirs émotionnels. Mais cette possibilité reste à étudier : leur expérience portait sur la formation de nouvelles associations de peur et leur extinction, et non sur le traitement de souvenirs traumatiques déjà installés chez des patients.
Des recherches supplémentaires devront déterminer si cette technique peut agir sur des souvenirs existants et si ses effets sont reproductibles, sûrs et efficaces en contexte clinique.
Sources :
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Meijer, S., Carpino, E., Kop, B. R., Lam, J., de Voogd, L. D., Roelofs, K. & Verhagen, L. (2026). The human amygdala in threat learning and extinction. Science Advances, 12. https://doi.org/10.1126/sciadv.aea8233
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Radboud University (2026). Ultrasound helps the brain overcome fear more quickly. Article de vulgarisation scientifique, 25 mars 2026. https://www.ru.nl/en/research/research-news/ultrasound-helps-the-brain-overcome-fear-more-quickly










