En quête de biomarqueurs prédictifs de rémission dans l’anorexie mentale

Mis à jour le 6 juillet 2026

Titre du projet : Signatures métabolomiques, biomarqueurs de pronostic de la rémission dans l’anorexie mentale ?

Porteur du projet : Nicolas RAMOZ – Institut de Psychiatrie et Neurosciences de Paris

Montant : 70 700 €

Descriptif du projet :

Anorexie mentale : un enjeu majeur, prédire la rémission

L’anorexie mentale est un trouble mental grave et chronique de prises alimentaires anormales. Sa prévalence est élevée et son taux de mortalité par dénutrition ou suicide est dramatique (10%). Aucun traitement médicamenteux n’est disponible à ce jour. Les causes de l’anorexie mentale sont inconnues mais sa forte héritabilité génétique et épigénétique démontre que l’anorexie mentale est un trouble métabo-psychiatrique. Il n’existe pas actuellement de marqueur pour détecter les patientes qui évolueront vers une rémission. Or, des résultats préliminaires de l’équipe ont montré une diminution de méthylation (un processus métabolique vital qui a lieu en permanence dans les cellules) du facteur neurotrophique dérivé du cerveau, appelé BDNF, associée à une concentration élevée de BDNF chez les patientes anorexiques par rapport aux sujets contrôles ou en rémission. Le BDNF, est connu pour être impliqué dans le développement neuronal, les troubles de l’humeur ou encore la régulation de la prise alimentaire.

Objectif : valider de nouveaux biomarqueurs de pronostic

L’hypothèse de l’équipe est que le BDNF et des métabolites dans le sang, comme dans le cerveau, sont impliqués dans le phénotype de l’anorexie mentale et pronostiqueraient l’évolution des patientes vers la rémission. Ainsi, le projet a pour objectif de valider ces dosages métabolomiques chez l’homme et l’animal afin d’utiliser ces mesures comme biomarqueurs pour pronostiquer le devenir des patientes anorexiques vers la rémission et adapter leurs soins. Pour cela, à partir d’un modèle murin de l’anorexie mentale, l’équipe cherchera à confirmer dans le sang, et à valider dans le cerveau, des différences de concentrations de BDNF et de métabolites. Ces analyses seront réalisées à partir de prélèvements sanguins et cérébraux afin de confirmer que les observations faites dans le sang reflètent ce qui se passe dans le cerveau. En parallèle, les chercheurs compareront les niveaux de BDNF et de deux métabolites sélectionnés dans le sang de patientes anorexiques hospitalisées durant 4 mois en renutrition.

Vers une médecine plus personnalisée pour les patientes résistantes aux traitements

Ces travaux devraient permettre de caractériser des biomarqueurs potentiels pour développer de nouvelles stratégies thérapeutiques nécessaires à environ 70% des patientes anorexiques étant résistantes aux soins et traitements actuels.

 

Résultats : Des signatures cérébrales et sanguines prometteuses pour prédire l’évolution de la maladie

Les travaux ont mis en évidence des modifications de l’expression du gène Bdnf, un acteur clé du fonctionnement cérébral et de la régulation de la prise alimentaire, dans certaines régions du cerveau impliquées dans les fonctions cognitives et les comportements alimentaires. Chez la souris, cette diminution est observée dans le cortex préfrontal et le striatum dorsal pendant l’anorexie. Après renutrition, elle disparaît dans le striatum dorsal mais persiste dans le cortex préfrontal, suggérant que certaines altérations cérébrales pourraient se maintenir malgré la reprise alimentaire. Les chercheurs ont également identifié des perturbations de voies biologiques liées au métabolisme et au système immunitaire, à la fois dans le cerveau des souris et dans le sang de patientes hospitalisées pour anorexie mentale. Ces résultats renforcent l’hypothèse selon laquelle des biomarqueurs sanguins pourraient refléter les modifications observées dans le cerveau. Le suivi des patientes à six mois après leur hospitalisation est en cours afin d’identifier les biomarqueurs associés à une rémission durable.

 

Ces résultats ont fait l’objet de nombreuses communications orales et ont notamment été publiés dans une revue prestigieuse du groupe Nature, Translational Psychatry démontrant l’importance de ces résultats : Cao, J., Lebrun, N., Chen, Sp. et al. Unraveling the brain expression of bdnf in a mouse model of anorexia nervosa. Transl Psychiatry 15, 417 (2025). https://doi.org/10.1038/s41398-025-03618-7.

 

L’équipe du Dr. Ramoz est spécialiste en biologie moléculaire en psychiatrie et possède une longue expertise de l’anorexie mentale en particulier. Elle collaborera avec l’équipe clinique du Pr. Gorwood, qui dirige le service de la Clinique des Maladies Mentales et de l’Encéphale à l’hôpital Sainte-Anne, et qui est chargée de coordonner le protocole clinique et l’inclusion des patients.

Témoignage de Nicolas Ramoz, porteur du projet :

« Les patients arrivent à l’hôpital dans un grave état de dénutrition. Il est déterminant pour comprendre la physiopathologie de l’anorexie mentale. Le financement de la FRC apporte les moyens nécessaires pour valider notre hypothèse à savoir que certaines molécules ont un niveau d’expression dans le cerveau, comparable au niveau d’expression dans le sang, et que ce niveau d’expression varie en fonction de l’état de nutrition.

Me donner des moyens pour étudier, à moi et à mes collègues, est une opportunité pour comprendre une infime partie de sa complexité [celle du cerveau]. Cependant, les connaissances et applications qui seront acquises, lorsqu’elles sont expliquées aux patients et familles, leur donnent plus d’espoir et de force pour vaincre la maladie. »

Nicolas Ramoz est chargé de recherche INSERM au sein de l’unité U1266 de l’Institut de Psychiatrie et Neurosciences de Paris. Au travers de sa recherche, il souhaite caractériser les facteurs de vulnérabilité dans les troubles psychiatriques notamment pour l’anorexie mentale. A terme, cela permettrait d’identifier des biomarqueurs de diagnostic et de pronostic de cette pathologie, de sa sévérité ou de son évolution vers une rémission. En 2021, il est l’auteur ou coauteur de plus de 100 publications scientifiques et 20 chapitres d’ouvrages.

Parole de chercheur

« Je remercie vivement la Fondation pour son financement et son soutien durant le projet. Cela a permis de réaliser de nombreuses analyses et d’obtenir beaucoup de données en cours de comparaisons qui déboucheront sur des découvertes majeures dans la compréhension de la physiopathologie de l’anorexie mentale. Ces travaux effectués chez la souris et l’homme vont permettre l’identification de biomarqueurs de rémission à cette maladie en fonction des profils cliniques. Enfin, à moyen terme, ils vont également permettre d’explorer de nouvelles pistes de prises en charges pour proposer aux patients de nouveaux traitements. » – Nicolas Ramoz

Le centre de recherche

Ce projet est issu d’une équipe de l’Institut de Psychiatrie et Neurosciences de Paris.

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