Implication de l’axe intestin-cerveau dans les addictions

Légende photographie du chercheur : neurones dopaminergiques

$Mis à jour le 02/03/2026

Porteur du projet : Giuseppe GANGAROSSA – Unité de Biologie Fonctionnelle et Adaptative (Université de Paris)

Titre du projet : Etude du rôle de l’axe neuronal intestin-cerveau dans les processus de récompense : quand l’intéroception compte (InteroDOPA)

Le projet est soutenu par l’Association France Parkinson et l’expertise scientifique assurée par le Conseil Scientifique de la FRC.

Montant : 80 000 €

L’intestin pourrait influencer notre système de récompense

Les troubles alimentaires, considérés comme des désordres à la fois métaboliques et neuropsychiatriques, sont souvent associés à des altérations fonctionnelles et durables du système de récompense. Des altérations similaires ont été observées chez les utilisateurs de drogues. En effet, la « malbouffe » et les drogues conduisent à des modifications du système à dopamine induisant des comportements compulsifs. Malheureusement, les stratégies thérapeutiques peinent à être développées. Récemment, il a été suggéré que l’axe du nerf vague intestin-cerveau, traditionnellement connu pour son rôle dans l’équilibre énergétique, pourrait moduler le système de récompense dopaminergique. Cependant, les bases moléculaires et fonctionnelles d’une telle modulation et ses conséquences sur l’organisme restent inconnues. L’hypothèse des chercheurs est que l’axe vagal intestin-cerveau représenterait une cible thérapeutique non-conventionnelle pour protéger le cerveau des altérations déclenchées par les troubles de la récompense.

 

Objectif : comprendre le rôle du nerf vague dans les comportements addictifs

Le but de ce projet est ainsi d’étudier si l’axe vagal intestin-cerveau pourrait intervenir dans le déclenchement des comportements addictifs, en induisant par exemple des adaptations des neurones à dopamine au niveau structural et fonctionnel. Des approches multi-échelles (de la molécule à l’organisme entier) et des techniques de pointe (chimiogénétique, électrophysiologie, photométrie et analyses morphométriques 3D) seront utilisées. Les conséquences de manipulations de l’axe vagal sur les comportements de récompense appétitive (nourriture) et récréative (drogues) seront analysées chez des modèles murins. Les chercheurs tenteront également de comprendre comment les neurones à dopamine s’adaptent fonctionnellement après une section du nerf vague et comment les informations du nerf vague remontant vers le cerveau contribuent à une plasticité structurale à long terme des neurones à dopamine (c’est-à-dire une modification durable de la zone de communication de ces neurones).

 

Vers de nouvelles stratégies contre les addictions et les troubles liés à la dopamine

Ce projet pourra conduire à de nouvelles pistes thérapeutiques non-conventionnelles impliquant l’axe intestin-cerveau dans le traitement des troubles addictifs, mais aussi d’autres désordres associés à la dopamine comme la maladie de Parkinson.

 

 

Résultats : l’axe intestin-cerveau impliqué dans les troubles compulsifs alimentaire ou et l’addiction à la cocaïne

Ce projet a mis en évidence le rôle central de l’axe intestin-cerveau dans la régulation du système de récompense chez des modèles murins. Les travaux montrent que les signaux provenant de l’intestin, transmis notamment par le nerf vague au cerveau, participent directement aux « effets renforçateurs », c’est-à-dire aux mécanismes qui augmentent la probabilité de répéter un comportement procurant du plaisir, qu’il s’agisse de la prise alimentaire ou de la consommation de cocaïne.

Les chercheurs ont également démontré qu’une perturbation du nerf vague entraîne un dérèglement de la libération de dopamine et altère la communication avec le noyau accumbens, une région clé du circuit de la récompense. Cette dysrégulation pourrait favoriser des comportements compulsifs.

Ces résultats mettent en lumière l’existence d’un système de récompense « étendu », dont une partie de l’origine se situe au niveau intestinal. Ils ouvrent de nouvelles perspectives pour comprendre le rôle des signaux internes du corps dans d’autres fonctions cérébrales, telles que l’apprentissage, la mémoire et la plasticité synaptique.

 

Ces résultats très prometteurs ont fait l’objet de publications dans de très bonnes revues scientifiques.

  1. Berland C, Castel J, Terrasi R, Montalban E, Foppen E, Martin C, Muccioli GG, Luquet S, Gangarossa G. (2022): Identification of an endocannabinoid gut-brain vagal mechanism controlling food reward and energy homeostasis. Molecular Psychiatry. 2022 Jan doi: 10.1038/s41380-021-01428-z (PMID: 35075269)
  2. Dumont C, Li G, Castel J, Luquet S, Gangarossa G. (2022): Hindbrain catecholaminergic inputs to the paraventricular thalamus scale feeding and metabolic efficiency in stress-related contexts. J Physiol. 2022 Jun;600(12):2877-2895. doi: 10.1113/JP282996. (PMID: 35648134)
  3. Castel J, Li G, Onimus O, Leishman E, Cani, PD, Bradshaw H, Mackie K, Everard A, Luquet S, Gangarossa G. (2024): NAPE-PLD in the ventral tegmental area regulates reward events, feeding and energy homeostasis. Molecular Psychiatry. 2024 May;29(5):1478-1490. doi: 10.1038/s41380-024-02427-6. (PMID: 38361126)
  4. Onimus O, Arrivet F, Souza INO, Bertrand B, Castel J, Luquet S, Mothet JP, Heck N, Gangarossa G. (2024): The gut-brain vagal axis scales hippocampal memory processes and plasticity. Neurobiol Dis. 2024 Jun 15;199:106569. doi: 10.1016/j.nbd.2024.106569 (PMID: 38885849

 

3 équipes sont impliquées dans ce projet. L’équipe « Central control of feeding behaviour and energy expenditure » de Giuseppe Gangarossa (en photo) collaborera avec celle du Dr. Venance (Centre Interdisciplinaire de Recherche en Biologie – CIRB – du Collège de France) et du Dr. Heck de l’Institut Neuroscience Paris Seine (équipe J. Caboche et P. Vanhoutte).

 

Témoignage de Giuseppe Gangarossa, porteur du projet :

« Depuis trop longtemps le cerveau a été principalement étudié comme un organe « déconnecté » du reste de l’organisme, un organe majeur mais isolé dans son fonctionnement. Aujourd’hui, grâce à des nouvelles technologies et à l’évolution de la pensée scientifique, nous avons la possibilité de « reconnecter » le cerveau et la périphérie et d’étudier les flux d’information de manière bidirectionnelle, notamment entre l’intestin et le cerveau. […] Si d’un côté ce financement nous permettra de finaliser une partie de notre histoire, de l’autre il nous incitera à pousser les frontières de la connaissance dans ce champ disciplinaire qui reste encore peu connu et étudié. […] A plus long-terme nous espérons utiliser la communication neuronale entre l’intestin et le cerveau comme volet thérapeutique pour certaines maladies neurologiques et désordres psychiatriques ».

 

 

Photo : Inserm

PROJET FINANCÉ PAR L’ASSOCIATION FRANCE PARKINSON

La FRC et ses membres lancent chaque année leur Appel à Projets en recherche sur une thématique donnée en relation avec les pathologies neurologiques et psychiatriques.

C’est dans ce cadre que l’association France Parkinson, membre fondateur de la FRC, s’est positionnée pour soutenir ce projet de recherche sélectionné par le Conseil Scientifique de la FRC, et qui pourrait avoir des conséquences intéressantes et innovantes pour enrichir l’arsenal thérapeutique contre la maladie de Parkinson.

Giuseppe Gangarossa est Docteur en Pharmacie et en Sciences Biomédicales, et aujourd’hui maître de conférences à l’Université de Paris. Après sa thèse sur le rôle de la transmission dopaminergique dans l’hippocampe, il a effectué deux séjours postdoctoraux à l’Institut de Génomique Fonctionnelle (Montpellier) et au Collège de France (Paris) lors desquels il s’est intéressé à l’étude anatomo-fonctionnelle du striatum en conditions physiologiques et pathologiques (épilepsie, maladie de Parkinson, addiction). Ses projets actuels portent notamment sur l’étude des mécanismes maladaptatifs sous-jacents au dérèglement des circuits neuronaux du système dopaminergique dans les troubles alimentaires et de la récompense.

Parole de chercheur

« Je tiens à exprimer ma profonde gratitude à la Fondation et à l’association France Parkinson pour leur soutien, qui a été absolument déterminant dans le lancement et le développement de mes recherches. Dans un contexte particulièrement difficile pour la recherche académique française, la Fondation et ses partenaires s’imposent comme un pilier essentiel, permettant à la communauté française des neurosciences de faire progresser ses découvertes majeures. Grâce à ce financement, non seulement mes travaux ont pu prendre leur essor, mais un véritable écosystème d’interactions humaines et scientifiques s’est développé autour du projet InteroDOPA. Ce soutien a favorisé des collaborations fructueuses avec des experts de haut niveau, tant en France qu’à l’international, et a contribué à la formation de jeunes scientifiques, qu’ils soient stagiaires en master ou doctorant(e)s. Par son engagement, la FRC incarne une vision ambitieuse et fédératrice, offrant aux chercheurs les moyens de transformer leurs idées en avancées concrètes pour la science et la société. » – Giuseppe Gangarossa

Le centre de recherche

Ce projet est mené par une équipe de l’Unité de Biologie Fonctionnelle et Adaptative de l’Université de Paris.

> En savoir plus sur l’Unité

Partager cet article

Facebook
Newsletter
moimoncerveau.org