Pourquoi des lésions cérébrales chez le nourrisson augmentent le risque de développer une obésité ?
Mis à jour le 06 juillet 2026
Porteur du projet : Christophe MAGNAN – Unité de Biologie Fonctionnelle et Adaptative (Paris)
Titre du projet : Études comparatives de l’étiologie de l’obésité à la suite de lésions cérébrales pédiatriques
Montant : 80 000 €
« L’effet d’une inflammation périnatale et ses conséquences à l’âge adulte est […] une thématique de recherche particulièrement intéressante et qui revêt un intérêt de santé publique majeur tant la prévalence de l’obésité et du diabète de type 2 ne cesse d’augmenter. […] Ce financement va être essentiel pour avancer dans ce projet. […] Les résultats devraient nous permettre d’identifier les mécanismes moléculaires responsables de l’effet d’une inflammation périnatale sur le développement de l’obésité et les maladies associées. […] Je veux simplement remercier la FRC et ses donateurs pour leur générosité et l’opportunité qu’ils nous offrent de réaliser notre projet ! » – Christophe Magnan
Résumé du projet
Des études récentes montrent que la prévalence de l’obésité est augmentée chez les personnes qui ont subi des lésions cérébrales pendant la période périnatale. Le Dr. Christophe Magnan et son équipe souhaitent identifier les mécanismes moléculaires conduisant au développement de l’obésité dans deux situations de lésions cérébrales pédiatriques. Ils supposent que l’inflammation causée par ces lésions prédisposerait à un dysfonctionnement de la région cérébrale impliquée dans le contrôle de la balance énergétique (l’hypothalamus). Ce projet permettra entre autres d’identifier de nouvelles cibles pour traiter l’obésité liée à des lésions cérébrales survenues chez le nourrisson.
Des lésions cérébrales précoces à l’origine de l’obésité ?
Ce projet s’inscrit dans le concept de l’origine développementale de la santé et des maladies (« DOHaD », pour developmental origins of health and disease) selon lequel des évènements survenant dans la période prénatale ou périnatale sont partiellement responsables de développement de pathologies à l’âge adulte comme l’obésité ou le diabète de type 2 (présent chez 30% des obèses). En accord avec ce concept, des études récentes montrent que la prévalence de l’obésité infantile et à l’âge adulte est augmentée dans les populations ayant subies des lésions cérébrales en période périnatale. En outre, l’obésité est associée à une inflammation chronique qui est en partie responsable du développement d’un diabète de type 2.
Comprendre comment l’inflammation perturbe le contrôle de la balance énergétique
Ce projet vise à démontrer le lien entre un état inflammatoire précoce et le développement de l’obésité à l’âge adulte. Les chercheurs souhaitent identifier les mécanismes moléculaires conduisant au développement de l’obésité dans deux situations de lésions cérébrales pédiatriques : l’inflammation périnatale liée à une naissance prématurée et la lésion cérébrale traumatique qui représentent respectivement 10 % et 3 % de la population mondiale d’enfants.
L’hypothèse de l’équipe est que l’inflammation systémique (occasionnée par une naissance prématurée) ou locale (produite par une lésion traumatique), caractéristiques des lésions cérébrales pédiatriques, prédisposent au développement d’un dysfonctionnement de l’hypothalamus, région cérébrale impliquée dans le contrôle de la balance énergétique. Ce dysfonctionnement conduirait alors à l’apparition d’une obésité infantile. Les chercheurs travailleront sur des modèles murins de ces deux situations de lésions et mesureront le profil inflammatoire dans leur cerveau et notamment l’hypothalamus pour répondre à cette hypothèse. Ces modèles murins seront suivis de la naissance à l’âge adulte afin de suivre l’évolution de l’apparition de l’obésité et du diabète de type 2.
Vers de nouvelles stratégies de prévention et de traitement
Ce projet permettra d’identifier de nouvelles cibles thérapeutiques d’intérêt pour lutter contre l’obésité liée à des lésions cérébrales survenues chez le nourrisson. De plus, cette étude offrira des arguments aux cliniciens pour insister sur un meilleur suivi de ces populations pédiatriques spécifiques victimes de lésions cérébrales.
Résultats : Une inflammation précoce qui modifie le métabolisme à l’âge adulte
Dans ce projet, les chercheurs ont étudié l’impact d’une inflammation survenant très tôt dans la vie, notamment dans le contexte d’une naissance prématurée et d’un traumatisme crânien, sur le risque de développer des troubles métaboliques à l’âge adulte. Pour cela, ils ont utilisé un modèle animal reproduisant une inflammation néonatale afin d’évaluer ses conséquences à long terme sur le cerveau et le métabolisme.
Les résultats montrent que les mâles exposés à cette inflammation développent à l’âge adulte une résistance à l’insuline et une intolérance au glucose, deux anomalies pouvant précéder le diabète de type 2, tandis que les femelles ne présentent pas ces altérations. Ces observations révèlent une forte différence selon le sexe. Les chercheurs ont également mis en évidence une inflammation de l’hypothalamus, une région cérébrale qui régule les grandes fonctions métaboliques, ainsi qu’une augmentation dans le sang de la molécule inflammatoire CCL5. En revanche, ni la prise de poids ni l’équilibre énergétique ne sont modifiés, ce qui suggère que l’inflammation périnatale affecte spécifiquement le contrôle du glucose.
Ces résultats apportent un nouvel éclairage sur les conséquences à long terme des inflammations néonatales et ouvrent la voie à des stratégies de prévention ciblées, notamment par l’évaluation de traitements capables de limiter ces perturbations métaboliques, comme la metformine.
Ce projet a fait l’objet d’un review sur la cause neuroinflammatoire des troubles métaboliques : Sihao Diao , Chao Chen, Alexandre Benani, Christophe Magnan, Juliette Van Steenwinckel, Pierre Gressens, Céline Cruciani-Guglielmacci, Alice Jacquens, Cindy Bokobza. Preterm birth: A neuroinflammatory origin for metabolic diseases? Brain Behav Immun Health 2024 Mar 7:37:100745 doi: 10.1016/j.bbih.2024.100745.
Un autre article sur les résultats est en cours de soumission ;
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L’équipe du Dr. Christophe Magnan, spécialiste des effets des lipides sur le contrôle nerveux de l’homéostasie glucidique et énergétique, aura comme partenaire l’équipe du Dr. Pierre Gressens de l’Institut NeuroDiderot (Hôpital Robert Debré, Paris), experte des lésions cérébrales pré-, péri- et post-natales provoquées par des facteurs intrinsèques ou extrinsèques.
Photos : Inserm
LE CHERCHEUR
Christophe Magnan est professeur des universités. Il enseigne la physiologie et la neuroendocrinologie à l’Université Paris Cité. Il a obtenu un doctorat en endocrinologie à l’Université Pierre et Marie Curie en 1995. En 2003, il a été professeur « invité » au département de Neuroscience de l’Université de Médecine de Newark aux USA. Il dirige une équipe de recherche au sein de l’UMR CNRS « Biologie Fonctionnelle et Adaptative ». Sa recherche est centrée sur l’étude de l’effet des lipides dans le cerveau et leur implication dans l’apparition de l’obésité et le diabète de type 2 (DT2). Son équipe a montré que certains lipides induisent une neuro-inflammation qui contribue à l’apparition du DT2. Il a été coordinateur de plusieurs programmes ANR et membre du comité de pilotage de deux consortia européens de recherche. Il est membre du conseil d’administration de la Société Francophone du Diabète et du conseil scientifique de la Société Française de Nutrition.
Parole de chercheur
« Nous souhaitons exprimer notre profonde gratitude à la Fondation pour la Recherche sur le Cerveau pour son soutien précieux. Grâce à votre financement, nous avons pu mener un travail préclinique ambitieux, renforcer une collaboration interdisciplinaire et produire des résultats significatifs ouvrant de nouvelles pistes pour mieux comprendre et prévenir les troubles métaboliques après lésions cérébrales précoces. Votre engagement contribue directement à faire avancer la recherche sur les liens entre cerveau, inflammation et santé à long terme, et nous espérons pouvoir poursuivre cette dynamique dans les années à venir. » – Christophe Magnan
LE CENTRE DE RECHERCHE
Ce projet est issu d’une équipe de l’unité de Biologie Fonctionnelle et Adaptative (Paris).










