L’exposition prénatale aux phtalates serait associée au développement de traits autistiques - Fédération pour la Recherche sur le Cerveau (FRC)

L’exposition prénatale aux phtalates serait associée au développement de traits autistiques

Des chercheurs de l’Université d’Amherst dans le Massachussetts et du Centre de Recherche du CHU de Québec ont récemment montré que de plus fortes concentrations de certains phtalates chez les femmes enceintes seraient associées à une augmentation du risque de développer des troubles autistiques chez leurs garçons.

 

L’autisme

Les troubles du spectre autistique affectent environ 700 000 personnes en France, dont 100 000 de moins de 20 ans selon les données de l’INSERM.  L’autisme est un syndrome neurodéveloppemental qui se caractérise par des altérations dans la capacité à établir des interactions sociales et à communiquer, ainsi que par des troubles du comportement. Les troubles autistiques sont environ quatre fois plus fréquents chez les garçons que chez les filles. Les causes des troubles autistiques semblent être multifactorielles. S’il est bien établi qu’une forte composante génétique entre en compte, l’exposition à des facteurs environnementaux durant la grossesse n’est pas exclue, mais leur nature exacte reste à être déterminée. Certaines études avancent notamment un lien potentiel entre perturbateurs endocriniens, produits chimiques et développement de traits autistiques.

 

Description de l’étude scientifique

Afin de mieux comprendre si ce lien existe, des chercheurs américains et canadiens ont examiné la relation entre une exposition prénatale aux phtalates, des composés chimiques couramment utilisés comme plastifiants, et l’apparition ultérieure de traits autistiques chez des enfants canadiens de 3-4 ans. Ils ont également évalué les effets d’une supplémentation pendant la grossesse en acide folique, plus connu sous le nom de vitamine B9. Ces travaux ont mené à une publication dans la revue scientifique Environmental Health Perspective*.

 

Les mécanismes engagés

Dans cette étude, 2001 femmes canadiennes de plus de 18 ans, provenant de 10 villes différentes, ont été inclues durant leur premier trimestre de grossesse. Onze métabolites de la famille des phtalates ont été mesurés dans leur urine durant ce premier trimestre et la prise d’acide folique, fréquemment prescrite pour les femmes enceintes, a été enregistrée selon les prescriptions déclarées. A l’âge de 3-4 ans, 610 enfants ont passé des tests neuropsychologiques afin de mesurer les traits autistiques, à savoir de potentiels déficits en matière de cognition sociale, de communication sociale ou de motivation sociale, ainsi que la présence de comportements répétitifs et d’intérêts restreints, ce qui ne constitue pas pour autant un diagnostic d’autisme.

Les résultats de ces travaux montrent que des concentrations gestationnelles plus élevées de certains phtalates sont significativement associées à l’apparition ultérieure de traits autistiques plus importants chez les enfants. Par contre, ceci n’est attesté que chez les garçons. De plus, les chercheurs rapportent qu’une supplémentation en acide folique au cours du premier trimestre de grossesse est associée à une atténuation significative de ces effets et pourrait donc avoir un effet protecteur contre l’exposition prénatale aux phtalates. A noter que l’évaluation des capacités des enfants a été réalisée seulement à un âge précis, il reste donc à déterminer si ces effets persistent par la suite.

Ainsi, cette étude révèle que l’environnement prénatal peut avoir un impact très important et non négligeable sur le cerveau. Il est donc essentiel d’étudier les facteurs de risques liés à l’environnement de vie afin de mieux comprendre leurs effets sur le fonctionnement du cerveau, et sur son dysfonctionnement en condition pathologique.

 

*Publication scientifique : Gestational Exposures to Phthalates and Folic Acid, and Autistic Traits in Canadian Children. Oulhote et al. Environmental Health Perspectives 2020.

Qu’est-ce que les phtalates ?

Les phtalates sont un groupe de composés chimiques couramment utilisé comme plastifiants dans de nombreux produits en plastiques, mais ils sont aussi présents dans de nombreux objets de notre quotidien : cosmétiques, vêtements, jouets… Certains ont été qualifiés de perturbateurs endocriniens et auraient notamment des effets néfastes sur l’appareil reproducteur et le développement du fœtus et du nouveau-né. Cependant, les effets toxiques varieraient en fonction de la durée d’exposition, la dose journalière ingérée, l’âge ou encore la nature du phtalate. Des dispositions ont été prises par l’Europe afin d’interdire l’usage de certains phtalates dans les plastiques, les cosmétiques ou les jouets destinés aux enfants de moins de 3 ans.

Pour en savoir plus sur l'autisme

> Découvrez notre dossier sur l’autisme

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