Surconsommation de sucre et états dépressifs : effet bénéfique de l’activité physique ? - Fédération pour la Recherche sur le Cerveau (FRC)

Surconsommation de sucre et états dépressifs : effet bénéfique de l’activité physique ?

Porteur du projet : Martine CADOR – Institut de Neurosciences Cognitives et Intégratives d’Aquitaine (INCIA – Université de Bordeaux)

Titre du projet : L’activité physique comme facteur protecteur des effets délétères de la surconsommation de sucre à l’adolescence sur le cerveau et le comportement

Montant : 76 000 €

Descriptif du projet

Les adolescents sont très sensibles aux récompenses et consomment avidement des aliments ou boissons enrichis en sucre. Une surconsommation de sucre pendant l’adolescence, alors que le cerveau est toujours en maturation, altère durablement son fonctionnement et peut induire l’émergence de profils de type dépressif à l’âge adulte. Ces dernières années, l’équipe du Dr. Martine Cador a montré que les rats adolescents, mais pas les rats adultes, qui avaient un accès illimité au sucre présentaient à l’âge adulte un syndrome durable d’état dépressif, pouvant être évité par un traitement chronique d’antidépresseurs. L’activité physique est aussi connue pour diminuer les comportements dépressifs, probablement en favorisant la production de nouveaux neurones et la stimulation des systèmes de récompense.

 

Ce projet propose ainsi de tester l’hypothèse selon laquelle une activité physique pourrait avoir des effets protecteurs et/ou thérapeutiques sur les effets néfastes du sucre consommé en excès à l’adolescence. Pour ce faire, différentes approches seront explorées :

  • Une approche comportementale chez le rat visant à regarder si les déficits comportementaux (baisse de motivation, perte de plaisir, augmentation de l’anxiété…) engendrés par une surconsommation de sucre à l’adolescence peuvent être traités et/ou protégés par une activité physique (telle que la course dans une roue). Les chercheurs testeront différentes intensités (activité sédentaire vs. activité de course moyenne ou élevée) et différentes périodes d’accès à la roue (pendant vs. après la surconsommation de sucre).
  • Une approche neurobiologique permettant d’étudier comment cette activité physique modifie durablement le fonctionnement cérébral, via notamment la stimulation des systèmes de récompense et de la production de nouveaux neurones.
  • Une approche « dimensionnelle » pour regarder s’il est possible d’identifier des facteurs prédicteurs d’un effet bénéfique optimum de l’activité physique, comme le sexe, l’âge, ou la perception affective de cette activité. Pour cette dernière partie, les vocalisations ultrasoniques des rats, qui peuvent être différenciées en fonction de l’état affectif positif ou négatif, seront enregistrées.

 

Ainsi, une approche « écologique » (l’activité physique) plutôt que pharmacologique (les antidépresseurs) pourrait se révéler aussi efficace pour protéger ou traiter le cerveau affecté par la surconsommation de sucre à l’adolescence.

 

Témoignage de Martine CADOR, porteuse du projet :

« Si une récompense comme le sucre (qui est très souvent « caché » dans l’alimentation notamment celle recherchée par les jeunes populations) peut avoir des effets à si long terme, il nous semble impératif de comprendre comment et de pouvoir envisager et mettre en œuvre des actions protectrices sur le cerveau. L’activité physique a des propriétés protectrices sur le fonctionnement cérébral qui ont déjà été démontrées. Est-ce le cas pour les effets à long terme du sucre ? »

Martine CADOR est Directrice de recherche (DR1) au CNRS, responsable de l’équipe AddicTeam (Neuropsychopharmacologie de l’addiction) au sein de l’INCIA (Institut des Neurosciences Cognitives et Intégratives d’Aquitaine) à l’Université de Bordeaux. Ses travaux précliniques cherchent à comprendre les mécanismes comportementaux et neurobiologiques impliqués dans le traitement cognitif, motivationnel et émotionnel des récompenses (drogues, sucre…) notamment dans la mise en place des comportements addictifs et des désordres émotionnels. Plus récemment, elle a élargi son domaine à l’étude de l’adolescence comme période critique dans le développement de pathologies de la motivation et de la récompense.

Ce projet est issu d’une équipe de l’Institut de Neurosciences Cognitives et Intégratives d’Aquitaine (INCIA) de Bordeaux.

> En savoir plus sur l’institut

Photographie © Loïc Grattier

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