Maladies psychiatriques : où en est la recherche ?

À l’occasion de la journée mondiale de la santé mentale (10 octobre), nous vous proposons un état des lieux de la recherche sur les pathologies psychiatriques les plus courantes qui touchent le cerveau : la schizophrénie, les troubles bipolaires, la dépression, les TOCs et les TDA/H (Trouble du Déficit de l’Attention/Hyperactivité).

 

La schizophrénie

  • Ce que l’on sait et axes de recherche

Il est fort probable que la schizophrénie soit due à une interaction entre des facteurs génétiques et des facteurs environnementaux. À ce jour, des mutations dans plus de 100 gènes ont été associées au risque de développer une schizophrénie. Parmi les mutations impliquées, il semble exister deux catégories. La première correspond à des gènes qui vont être associés à un léger sur-risque. Dans ce cas, la conjonction de plusieurs « variants » génétiques (dits facteurs de susceptibilité) et de facteurs environnementaux peut favoriser le déclenchement de la pathologie. La deuxième catégorie correspond à des mutations plus rares mais qui ont une incidence plus marquée sur le risque de développer la maladie. Récemment (2017), il a été rapporté que la schizophrénie et d’autres troubles psychiques tels que les troubles bipolaires pouvaient être associés à des mutations sur de mêmes gènes.

Des facteurs environnementaux semblent également jouer un rôle dans le risque de transition de troubles comportementaux mineurs vers des symptômes avérés de la maladie (épisode psychotique). En particulier des stress intenses (maltraitance, agressions sexuelles), une infection (toxoplasmose, virus, etc) au cours de phases précoces du neurodéveloppement ont été identifiés comme facteurs de vulnérabilité à la maladie. L’hypothèse est que la réaction inflammatoire à une infection ou un stress intense à des phases critiques du développement pourrait induire une sensibilisation vie entière du système immunitaire, une activation basale tonique de la microglie et des altérations de la construction du cerveau. Une équipe à Bordeaux a également mis en évidence des anticorps circulants de certains récepteurs de neuromédiateurs chez 20% de patients souffrant de schizophrénie, en accord avec l’hypothèse d’un dérègulation (sensibilisation) du système immunitaire. D’autres facteurs agissant plus tard au cours du développement cérébral (jusqu’à 20-25 ans pour atteindre la maturité cérébrale chez l’homme) ont été identifiés comme contribuant à la transition schizophrénique, notamment la consommation de cannabis à l’adolescence chez des sujets présentant une prédisposition génétique.

 

  • Traitements

Les traitements médicamenteux et les psychothérapies permettent essentiellement d’agir sur les symptômes de la maladie. Ainsi les antipsychotiques (neuroleptiques) réduisent les symptômes dits productifs (hallucinations, idées délirantes) mais sont moins efficaces sur les symptômes négatifs (émoussement affectif, isolement social, perte de motivation, déficits cognitifs). Ils permettent un rétablissement mais entraînent souvent des effets secondaires (prise de poids, syndrome de type Parkinson) mal tolérés. Des antidépresseurs ainsi que des anxiolytiques peuvent être également co prescrits avec les antipsychotiques.

En complément de ces thérapies médicamenteuses, les thérapies psychosociales ont elles aussi des effets bénéfiques. À cet égard, les protocoles de remédiation cognitivo-sociale, qui peuvent faire appel à la réalité virtuelle, donnent souvent de très bons résultats. À ce jour, environ un tiers des patients atteints de schizophrénie sont en rémission durable, leur permettant de renouer avec la vie socio-professionnelles.

De nouvelles perspectives de traitement reposent aujourd’hui sur les stimulations magnétique ou électrique transcrânienne (non invasives). En particulier, la rTMS (stimulation magnétique transcrânienne répétée) semble particulièrement prometteuse pour réduire les hallucinations auditives, et la tDCS (stimulation électrique transcrânienne en courant continu) pour améliorer les performances cognitives.

Mais il reste encore beaucoup à faire pour connaitre les différents facteurs de risque, et identifier précisément les processus biologiques sous-tendant la variabilité des symptômes.

► En savoir plus sur la schizophrénie

 

Les troubles bipolaires

  • Ce que l’on sait et axes de recherche

Les troubles bipolaires sont de deux types, le type I pour lequel des phases maniaques sont bien marquées entre des épisodes dépressifs, et le type II pour lequel les phases maniaques sont peu intenses. On parle plutôt d’hypomanie. Le diagnostic du type II est plus difficile parce qu’il se distingue mal de la dépression sévère.

Comme pour quasi toutes les maladies psychiatriques, c’est la conjonction de facteurs génétiques et de facteurs environnementaux qui semble en cause dans la survenue des troubles bipolaires. De très nombreux gènes, en partie différents d’un patient à un autre, semblent être impliqués dans la vulnérabilité à ces maladies. De plus, certains de ces gènes semblent également concernés par la vulnérabilité à la schizophrénie.

Comme pour la schizophrénie, les facteurs environnementaux susceptibles de contribuer au développement de troubles bipolaires sont un stress intense, un traumatisme ainsi que la consommation de certaines drogues à des moments critiques du neurodéveloppement. Des pistes invoquent également une potentielle implication du système immunitaire dans le déclenchement de la maladie. En effet, les patients souffrant de ces troubles présentent souvent des taux sanguins anormalement élevés de marqueurs inflammatoires, ceci pouvant être expliqué par une sensibilisation du système immunitaire provoquée par une infection qui aurait eu lieu tôt dans la vie.

 

  • Traitements

Il n’existe pas de traitements pour guérir de la maladie, mais les traitements existants permettent de réduire les symptômes. Parmi eux, les régulateurs de l’humeur, tels que le lithium et d’autres thymorégulateurs (valproate par exemple), sont les plus utilisés.

Un des enjeux de la recherche est d’identifier des biomarqueurs de la maladie, pour un diagnostic plus précoce et une adaptation des traitements en fonction des sous-groupes de patients. Les avancées de l’épigénétique (marqueurs sanguins impliqués dans la régulation de l’expression des gènes) et de la neuroimagerie in vivo (IRM, IRM fonctionnelle, Tenseur de diffusion, tomographie d’émission de positons) en particulier laissent à penser que ces objectifs, les mêmes d’ailleurs que pour la schizophrénie, pourraient être atteints prochainement.

► En savoir plus sur les troubles bipolaires

 

La dépression

  • Ce que l’on sait et axes de recherche

Pour la dépression également, l’apparition de la maladie serait liée à une interaction entre des facteurs génétiques et environnementaux. Des études ont montré que les personnes dont un parent a souffert de dépression, ont un risque accru (x2 à x4) de vivre également une dépression, suggérant l’existence d’une certaine vulnérabilité génétique. Concernant les facteurs environnementaux, on retrouve le stress, la survenue d’un événement traumatique, la maltraitance au cours de l’enfance. Ces éléments induisent une augmentation du risque de subir un épisode dépressif en réaction à divers événements plus ou moins stressants (variables d’un sujet à un autre, plus ou moins vulnérable) tout au long de la vie.

Concernant les mécanismes moléculaires associés à la maladie, des travaux de recherche ont permis d’identifier des déséquilibres au niveau de certaines molécules biologiques, principalement des neurotransmetteurs (qui sont des molécules de communication entre les neurones). Ces molécules sont impliquées notamment dans la réponse au stress, l’humeur, la motivation et le sommeil. Plusieurs travaux de recherche ont démontré une perturbation de la réponse au stress chez les patients. D’autres travaux ont mis en évidence une sensibilisation du système immunitaire chez certains déprimés. Ainsi la recherche de ces biomarqueurs potentiels associée à l’analyse fine des symptômes (par exemple la réapparition de troubles du sommeil anticipe souvent la survenue d’un nouvel épisode dépressif) devrait permettre le repérage précoce des sujets à risque et la prévention de la maladie.

 

  • Traitements

Un des enjeux de la recherche est de mieux identifier les facteurs de risque et les causes de la maladie, afin de pouvoir développer des thérapies mieux ciblées. Les traitements médicamenteux consistent majoritairement en la prescription d’antidépresseurs. Divers protocoles de psychothérapie ont également des effets bénéfiques chez les patients, et il est classique de les mettre en œuvre avec la prescription d’antidépresseurs pour optimiser leur efficacité thérapeutique. Les résultats encourageants obtenus avec la stimulation magnétique transcrânienne laissent à penser que cette procédure pourrait constituer une nouvelle approche thérapeutique de la dépression. Enfin, la stimulation cérébrale profonde (au niveau du striatum ventral en particulier) a permis de soulager quelques patients non répondeurs aux antidépresseurs, mais cette technique reste du domaine expérimental aujourd’hui.

L’un des inconvénients majeurs des traitements antidépresseurs, en particulier avec les médicaments, réside dans leur délai d’action puisqu’il faut attendre 3 à 4 semaines de traitement continu avant d’observer la moindre amélioration symptomatique. Récemment, des résultats spectaculaires ont été obtenus avec la kétamine, un antagoniste du glutamate, puisqu’un effet antidépresseur a pu être observé dans l’heure qui a suivi l’injection ou l’application intra-nasale de cette molécule. Plusieurs équipes en France ont même observé, dans les mêmes conditions de temps, l’éradication d’idées suicidaires avec ce traitement chez des déprimés sévères.

► En savoir plus sur la dépression

 

Les TOCs (Troubles obsessionnels compulsifs)

  • Ce que l’on sait et axes de recherche

Des travaux de recherche en neuroimagerie chez l’humain et des études de modèles murins ont permis d’identifier certains des mécanismes biologiques perturbés chez les patients atteints de TOCs. Une hyperactivité de certaines zones du cerveau, entre autres celles impliquées dans le contrôle des comportements et dans la gestion des émotions, a été rapportée chez des patients souffrant de TOCs. En parallèle, des dysrégulations impliquant divers neurotransmetteurs (molécules qui permettent la communication entre les neurones) ont été également mises en évidence. Enfin, certains auteurs ont postulé l’implication potentielle de perturbations immunitaires, mais il est nécessaire que la recherche se poursuive à ce niveau.

Des analyses au sein de familles touchées par les TOCs ont montré qu’il y avait une influence des facteurs génétiques, impliquant préférentiellement 4 gènes (donnée publiée en 2017).

 

  • Traitements

Pour soigner les TOCs, les antidépresseurs et les thérapies cognitivo-comportementales sont majoritairement prescrits. Chez les patients non répondeurs, d’autres stratégies thérapeutiques incluant la stimulation cérébrale profonde ou la stimulation magnétique transcrânienne se sont révélées efficaces pour réduire les TOCs.

► En savoir plus sur les TOCs

TDAH (Trouble du Déficit de l’Attention/Hyperactivité)

  • Ce que l’on sait et axes de recherche

Les causes de la maladie sont mal connues, mais comme pour les autres troubles psychiques, le développement de TDAH serait probablement dû à une combinaison de facteurs génétiques et de facteurs environnementaux.

De fait, des analyses au sein de familles touchées par le TDAH ont confirmé l’implication de facteurs génétiques dans la maladie. D’autres travaux sur les facteurs environnementaux concernent en particulier l’influence de certaines substances toxiques, d’infections, voire de traumatismes physiques. Des études récentes (2017) ont clairement mis en évidence l’existence d’un lien entre certains troubles du sommeil et le TDAH.

Au niveau moléculaire, les études révèlent des anomalies au niveau de certains neurotransmetteurs, en particulier la dopamine.

 

  • Traitements

Il n’existe pas de traitement curatif mais certains médicaments ont une réelle efficacité thérapeutique. C’est le cas du méthylphénidate (ritaline) et d’autres psychostimulants qui réduisent les symptômes. Chez l’enfant et l’adolescent souffrant de TDAH, ce traitement permet en particulier de rétablir l’attention pour le suivi scolaire. La psychothérapie est aussi une composante nécessaire de la prise en charge des patients.

Cependant, comme pour les autres pathologies psychiques, la poursuite des études est une condition sine qua none pour réaliser le bon diagnostic le plus tôt possible, avant même l’apparition des troubles, et pour mettre en oeuvre des procédures thérapeutiques adaptées, efficaces et bien tolérées.

 

À votre écoute

Créée en 1963, l’Union Nationale des Amis et Familles de personnes malades et/ou handicapés mentaux (UNAFAM) soutien les familles par l’écoute et lutte contre les stigmatisations.

► Aller sur le site de l’UNAFAM

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