Hommage à Jacques Glowinski - Fédération pour la Recherche sur le Cerveau (FRC)

Hommage à Jacques Glowinski

« En l’an 2000 la toute jeune Fondation Française pour la Recherche sur l’Epilepsie (FFRE) âgée d’à peine dix ans se désespérait de ne pas arriver à sensibiliser le grand public. La maladie sur laquelle elle braquait ses projecteurs faisait peur (surnaturelle pour un Français sur dix selon un sondage!). Elle concernait pourtant plus de 500 000 malades en France et l’on commençait à se douter que les maladies du cerveau touchaient elles plusieurs millions de patients. D’où l’idée de faire apparaitre une nouvelle structure sur l’ensemble des pathologies neurologiques. La petite équipe de la FFRE tentée par le challenge ausculta le panorama associatif de ces maladies dans lequel je découvris quelques amis : la présidente de France-Alzheimer, le préfet animant l’Arsep sur la sclérose en plaques et quelques autres. Très vite je fus en mesure de présenter les projets de statuts de la toute nouvelle Fédération pour la Recherche sur le Cerveau à mes amis et la FRC pris naissance. Nous avions délibérément laissé provisoirement de côté les maladies psychiatriques dont le panorama associatif était beaucoup plus dispersé nous promettant d’y revenir un peu plus tard (ce qui fut fait une quinzaine d’années plus tard par la nouvelle équipe de direction de la FRC).
Bien entendu il nous fallait doter la nouvelle structure d’un conseil scientifique lui permettant d’octroyer des crédits de recherche et de dialoguer scientifiquement avec la puissance publique. Très vite les projecteurs se braquèrent sur un neuropharmacologue professeur au Collège de France, Jacques Glowinski, bien connu pour l’étendue de ses connaissances et l’usage qu’il en faisait. Tout intimidé j’allais donc lui rendre visite rue des Ecoles et découvrit au 2ème étage du bâtiment de biologie du Collège de France un immense bureau doté d’une non moins immense table carrée au bord de laquelle il travaillait. Je lui expliquai les raisons de ma visite et de ma proposition. Après m’avoir un peu torturé il me donna immédiatement sa réponse à ma grande joie positive. Nous bâtîmes le conseil scientifique ensemble, une louche pour lui, une petite cuillère pour moi, ce qui était naturel compte tenu de l’étendue de nos connaissances respectives sur le thème qui allait nous réunir à de nombreuses reprises.
Pendant plusieurs années il me fit partager ses connaissances avec simplicité et permit à la FRC de prendre son élan et de devenir un acteur incontournable de la recherche sur le cerveau.
GLO comme l’appelaient affectueusement et respectueusement ses pairs et ses amis – et à ma grande joie j’en étais devenu un – était de bon conseil scientifiquement, tactiquement et stratégiquement. Il m’avait d’ailleurs fait entrer au conseil de l’une des structures de direction du Collège de France. Puis le temps a passé et par la règle du jeu il fut obligé de quitter la FRC; bien entendu il m’aida à trouver son successeur. Nos rencontres, comme il est normal, se raréfièrent et tout en s’élargissant se densifièrent peut-être.
Il nous a maintenant quitté mais j’espère, après être devenu son ami, rester également son disciple. »

 

 

 

Bernard ESAMBERT
Président d’honneur, Fondateur de la FRC

 

« Jacques Glowinski a été le premier président du Conseil scientifique de la FRC il y a plus de vingt ans comme le rappelle Bernard Esambert dans son témoignage. Jacques Glowinski a joué un rôle de tout premier plan dans l’histoire des Neurosciences et de la Neuropharmacologie en France. Après une formation de pharmacien il a fait une thèse de Science entre l’Institut Pasteur et l’Institut Marey qui fut dans les années 1950 et 1960 le berceau d’une grande partie des neurosciences modernes en France. Le sujet de recherche qu’il avait choisi était l’étude de la dopamine, un neurotransmetteur dont on venait juste de découvrir l’existence dans le cerveau et le rôle dans la maladie de Parkinson. Jacques Glowinski partit ensuite aux Etats-Unis en 1963 pour travailler pendant trois ans avec Julius Axelrod un très grand nom des neurosciences et de la pharmacologie qui reçut le prix Nobel de Physiologie ou Médecine en 1970 pour ses travaux sur les mécanismes de stockage de libération et d’inactivation des neurotransmetteurs, travaux auxquels Jacques Glowinski avait participé. De retour en France Jacques Glowinski démarra un petit laboratoire au Collège de France dans lequel il poursuivit l’étude de la dopamine et d’autres neurotransmetteurs comme la sérotonine et les neuropeptides. Il fut l’un des principaux pionniers à cette époque d’une discipline alors inexistante en France, la neuropharmacologie, dont l’objet est l’étude des médicaments qui agissent sur le système nerveux. Par son dynamisme Jacques Glowinski attira de nombreux jeunes chercheurs aussi bien que des scientifiques internationaux prestigieux et s’assura bientôt une renommée internationale avec les découvertes de la présence de dopamine dans le cortex cérébral, de la libération de dopamine par les dendrites et des effets du stress. L’équipe au début toute petite devint en quelques années une grande unité de recherche de l’Inserm, puis lorsque Jacques Glowinski fut nommé professeur au Collège de France, la Chaire de Neuropharmacologie.  Ce laboratoire mené avec une énergie et un charisme exceptionnels fit de multiples découvertes et fut le lieu de formation de nombreux scientifiques français et étrangers. Ce n’est pas le lieu de détailler ses innombrables contributions mais elles ont eu une grande importance pour la compréhension des mécanismes physiopathologiques de maladies neurologiques comme la maladie de Parkinson ou psychiatriques comme la schizophrénie ou la dépression et de leurs traitements. Au-delà de ses contributions scientifiques le dynamisme et l’esprit d’entreprise de Jacques Glowinski l’ont poussé à lancer la rénovation du Collège de France dont il devint administrateur en 2000. Il fut l’instigateur et le moteur de ces travaux dont il surveilla la réalisation dans le détail et qui lui permirent de révéler sa passion pour l’architecture. Tous ceux qui ont connu Jacques Glowinski, que tous appelaient simplement Glo, sont familiers de son caractère extraordinairement chaleureux et son humanité doublés d’une forte volonté et d’une grande puissance de travail. J’ai eu la chance de le rencontrer en 1982, jeune neurologue en formation cherchant un laboratoire de DEA puis de thèse. Il m’accueillit à bras ouverts avec une vision très optimiste qui me convainquit de m’intéresser à des questions de neuropharmacologie fonctionnelle alors que j’étais initialement plus attiré par la biochimie et les approches moléculaires. Ensuite, après quelques années aux Etats-Unis je revins dans le laboratoire de Glo où je pus développer pendant une dizaine d’années une équipe indépendante qu’il a toujours soutenue avec bienveillance, avant que je parte vers d’autres horizons scientifiques. Au cours de ces années, de maitre imposant, Glo est devenu un ami véritable dont j’appris à connaitre toutes les immenses qualités humaines. C’est avec émotion que j’ai pris en 2017 la présidence du conseil scientifique de la FRC, dont il m’avait annoncé la naissance avec fierté, bien des années auparavant. La mort inattendue de Jacques Glowinski, ce roc qu’on croyait inébranlable, a été un choc pour moi comme pour beaucoup d’autres scientifiques et amis en France et ailleurs. Sa disparition laisse de très nombreux orphelins qui garderont toujours l’image rayonnante de Glo dans son bureau du Collège dont une invraisemblable table carrée noire occupait presque toute la surface. C’était la table d’un bâtisseur. »

 

 

 

 Jean-Antoine GIRAULT
Président du Conseil Scientifique de la FRC (2017-2020)

 

«  J’ai eu la chance et le privilège de rejoindre le petit groupe que Jacques Glowinski constituait au Collège de France à son retour de post-doc aux NIH grâce à Monsieur (et Madame) Fessard, alors titulaire de la chaire de Neurophysiologie. L’enthousiasme, la créativité et l’ambiance chaleureuse (familiale) qui y régnaient sous son autorité charismatique étaient absolument exceptionnels, et je suis resté à ses côtés bien au delà des années de thèse (6 ans, c’était possible à l’époque), tandis que son laboratoire acquérait une reconnaissance internationale au plus haut niveau. Jacques Glowinski était une personnalité hors norme, tant par ses multiples talents, sa créativité, son humanité, sa fidélité en amitié et sa générosité.  Il suffit de voir combien le Collège de France a gagné en prestige aujourd’hui après qu’il se soit donné corps et âme pour sa rénovation et sa restructuration pour se rendre compte de son investissement sans compter pour le bien public. Autres marques de sa générosité, ses multiples actions pour le développement des recherches en neurosciences (comme président de la Société des Neurosciences, et membre du collège de direction de l’INSERM, entre autres), en liaison étroite avec la clinique neurologique et psychiatrique et le milieu industriel, ont été celles d’un pionnier et d’un visionnaire. L’évolution du monde de la recherche biomédicale ne suit-elle pas « ses » directions aujourd’hui ? Merci mon cher Jacques (« Glo » pour les anciens du premier cercle), tu restes à jamais un TRES GRAND MONSIEUR et une TRES BELLE PERSONNE. »

 

 

Michel HAMON
Neuropharmacologue et membre de l’Académie Nationale de Médecine,
ancien Vice-Président du Conseil d’Administration de la FRC

Disparition de Jacques Glowinski

Jacques Glowinski, né le 30 août 1936 à Paris, nous a quitté le 04 novembre 2020 à l’âge de 84 ans.

Pharmacien et chercheur en biologie, il est considéré comme l’un des fondateurs de la neurobiologie et neuropharmacologie. Surnommé « le chimiste du cerveau » cet homme a largement participé à la fondation et au lancement de la FRC dont il a été le 1er Président du Conseil Scientifique.

Professeur du Collège de France, administrateur honoraire du Collège de France, membre de l’Académie des sciences, commandeur dans l’ordre national de la Légion d’honneur et dans l’ordre national du Mérite, il a œuvré pour la recherche et mis à profit toute sa science pour en découvrir davantage sur le cerveau.

© Photo: Collège de France

Le Collège de France

Fondé en 1530 par François 1er, le Collège de France est un établissement public d’enseignement supérieur et de recherche unique au monde, qui offre à tous un accès libre à la recherche faite par les meilleurs spécialistes, dans toutes les disciplines. On y encourage le progrès des Lettres, des Sciences et des Arts, en partenariat avec d’autres grandes institutions, en France et en Europe. Les missions essentielles au Collège de France sont la recherche fondamentale la plus libre et audacieuse qui soit, la diffusion à tous de cette recherche et la contribution au rayonnement de la culture et au progrès de l’esprit. Ainsi, les enseignements prodigués par les Professeurs y sont gratuits, ouverts à tous sans inscription préalable et disponibles en ligne. Le Collège de France comporte 6 instituts de recherche abritant des laboratoires de pointe et favorise le développement de carrière de jeunes chercheurs les plus brillants. Avec 10 Prix Nobels et 5 Médailles Fields, cet établissement se trouve depuis des siècles au cœur de la recherche scientifique.

Source : site internet du Collège de France

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