La Covid-19 et ses potentielles atteintes neurologiques

De plus en plus de données scientifiques suggèrent que le virus SARS-CoV-2 qui sévit actuellement dans le monde entier infecterait également le cerveau. Certains symptômes observés par les médecins pourraient en effet provenir d’un dysfonctionnement cérébral, mais les investigations sont toujours en cours pour mieux comprendre ces potentielles atteintes neurologiques du COVID-19. Voici quelques brèves sur les informations scientifiques disponibles à ce jour.

 

  • Localisation des récepteurs du virus

Le virus SARS-CoV-2, responsable de la maladie du COVID-19, utilise un récepteur pour s’accrocher et pénétrer dans les cellules de son hôte afin de se multiplier. Des chercheurs ont montré que ce récepteur, nommé ACE2 (pour Angiotensin Converting Enzyme 2) est exprimé par les cellules des poumons, du cœur, des reins et des intestins, mais aussi par les neurones et les cellules gliales du cerveau. C’est pourquoi les médecins s’interrogent d’une infection potentielle du cerveau par le virus, pouvant entraîner des atteintes neurologiques chez les patients.

Source : Evidence of the COVID-19 Virus Targeting the CNS: Tissue Distribution, Host–Virus Interaction, and Proposed Neurotropic Mechanisms. Baig et al., American Chemical Society, 13 mars 2020.

 

  • L’anosmie et l’agueusie

Une anosmie (perte d’odorat) et/ou une agueusie (perte de goût) ont été très fréquemment observés chez les patients atteints du COVID-19. Selon les scientifiques, ces symptômes pourraient être des manifestations neurologiques mineures. L’anosmie par exemple pourrait provenir de lésions des cellules entourant les neurones olfactifs. Si tel est le cas, le bulbe olfactif pourrait être une porte d’entrée du virus vers le cerveau. D’autres investigations doivent être menées pour vérifier cette hypothèse et savoir si ces symptômes sont toujours réversibles ou s’il existe des cas d’atteintes permanentes.

Source : Olfactory and gustatory dysfunctions as a clinical presentation of mild-to-moderate forms of the coronavirus disease (COVID-19): a multicenter European study. Lechien et al., Eur. Arch. Otorhinolaryngol., 6 avril 2020.

 

  • Une atteinte du tronc cérébral ?

Des scientifiques ont émis l’hypothèse selon laquelle les difficultés respiratoires observées chez les patients atteints du COVID-19 pourraient provenir, en plus de l’atteinte pulmonaire, d’une atteinte du tronc cérébral. Cette région, située entre le cerveau et la moelle épinière, contient les centres de commande de la respiration. Cette hypothèse est basée sur des travaux chez l’animal montrant que les coronavirus précédemment étudiés, comme le SARS-CoV, peuvent se propager vers le tronc cérébral à partir des voies respiratoires inférieures.

Source : The neuroinvasive potential of SARS‐CoV2 may play a role in the respiratory failure of COVID‐19 patients. Li et al., Journal of Medical Virology, mis à jour le 17 mars 2020.

 

  • Cas d’encéphalopathies

Chez certains patients, la maladie peut se manifester sous une forme neurologique. Quelques cas d’encéphalopathies ont été repérés aux États-Unis chez des patients testés positifs pour le SARS-CoV-2. Cette complication rare d’infection virale ne serait pas directement due à la présence du virus dans le cerveau mais à une libération massive de molécules inflammatoires, les cytokines, produites par le système immunitaire pour combattre le virus et qui fragiliseraient la barrière sang-cerveau, indispensable pour isoler le cerveau des substances toxiques.

Source : COVID-19–associated Acute Hemorrhagic Necrotizing Encephalopathy: CT and MRI Features. Poyiadji et al., Radiology, 31 mars 2020.

 

  • Autres manifestations neurologiques

Une étude chinoise réalisée par des chercheurs de Wuhan en Chine montre que de nombreuses autres manifestations neurologiques ont pu être observées chez les personnes atteintes du COVID-19. Les auteurs rapportent notamment des maux de têtes, des vertiges, des convulsions, des accidents vasculaires cérébraux (AVC), des altérations de la conscience et des hémiplégies (paralysies de certaines parties du corps).

Source : Neurological Manifestations of Hospitalized Patients with COVID-19 in Wuhan, China. Mao et al.,  JAMA Neurology, 10 avril 2020.

 

  • Des signes de confusion

Des médecins de Strasbourg ont rapporté qu’une grande proportion de leurs patients admis en réanimation présentaient des signes d’agitation et de confusion. Certains ont souffert d’un syndrome qualifié de dysexécutif consistant en une inattention, une désorientation ou des mouvements mal organisés en réponse au commandement. Ces observations ont été confirmées par d’autres médecins français et américains.

Source : Neurologic Features in Severe SARS-CoV-2 Infection. Helms et al., The New England Journal of Medicine, 15 avril 2020.

 

  • Des inflammations du cerveau : méningite/encéphalite

Un premier rapport japonais1 a décrit le cas d’un patient, amené à l’hôpital en raison d’une convulsion accompagnée d’une perte de conscience, et qui a été diagnostiqué par la suite avec une méningite. Les médecins ont trouvé la présence du virus SARS-CoV-2 dans le liquide cérébrospinal (liquide dans lequel baigne le cerveau). Depuis, un neurologue français, Hervé Vespignani, a déclaré avoir observé un certain nombre d’anomalies caractéristiques d’encéphalites chez ses patients2, ce qui pourrait expliquer le retard de réveil des personnes en réanimation. Les encéphalites peuvent laisser des séquelles, comme des troubles de la mémoire, de l’attention ou du sommeil. Ses résultats ont été soumis dans la revue Annals of Neurology.

Sources : (1) A first case of meningitis/encephalitis associated with SARS-Coronavirus-2. Moriguchi et al., International Journal of Infectious Diseases, 3 avril 2020. (2) Article « Le coronavirus est aussi une maladie du cerveau qui peut provoquer des encéphalites ». Site europe1.fr, publié le 26 avril 2020.

 

  • Des études françaises lancées

10% des études menées en France sur la Covid-19 concernent ses potentielles atteintes sur le cerveau. Les 2/3 de ces études explorent les conséquences psychiatriques ou psychologiques, et 1/3 se focalisent sur les effets neurologiques.

> Cliquez-ici pour en savoir plus sur les études lancées en France

 

 

Rédaction : Céline Petitgas, chargée des actions scientifiques de la FRC.

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