Greffe de neurones suite à une lésion : ni trop tôt, ni trop tard !

Transplanter des neurones embryonnaires au sein d’une lésion pour réparer le tissu cérébral, une voie thérapeutique prometteuse. Une nouvelle étude, menée par l’équipe du Pr. Afsaneh Gaillard à Poitiers, souligne l’importance du délai entre la lésion et la greffe pour une bonne réparation des tissus et une récupération fonctionnelle.

Les accidents vasculaires cérébraux, l’épilepsie et certaines maladies neurodégénératives affectent le cortex cérébral, siège des fonctions neurologiques élaborées, générant ainsi des handicaps. Hélas le cortex adulte présente une faible capacité d’autoréparation. Les approches de thérapie cellulaire, qui visent à greffer des cellules dans les zones endommagées afin de restaurer la fonction d’un tissu ou d’un organe, représentent une voie thérapeutique prometteuse. Les travaux de recherche effectués depuis une dizaine d’années, en particulier par l’équipe du Pr. Afsaneh Gaillard, soulèvent aujourd’hui beaucoup d’espoirs.

En 2007, les chercheurs de cette équipe ont montré que des neurones embryonnaires transplantés dans le cortex moteur lésé pouvaient restaurer les voies motrices endommagées chez l’adulte. Leur étude soulignait l’importance que les cellules greffées soient de même nature que le tissu à réparer, en l’occurrence le cortex moteur.

 

L’importance du délai entre la lésion et la greffe de neurones

Cette équipe vient de publier une nouvelle étude, complétant la précédente et démontrant l’importance d’un délai entre la lésion et la greffe de neurones pour le succès de la réparation tissulaire. Jusqu’à présent, les transplantations avaient toujours été effectuées juste après le traumatisme. Dans la pratique clinique, cette procédure implique une disponibilité immédiate d’un greffon compatible. Ces chercheurs ont donc testé plusieurs délais entre la survenue de la lésion et la greffe de neurones, allant de quelques jours à plusieurs mois.

Ils ont ainsi mis en évidence que la greffe de neurones est plus efficace si elle est réalisée une semaine après la lésion. La vascularisation du greffon est alors plus importante que lorsque la transplantation a lieu immédiatement. De plus, le greffon lui-même contribue alors à cette vascularisation (voir l’illustration). En conséquence le nombre de neurones survivants est beaucoup plus grand et les projections vers les zones cibles sont beaucoup plus rapides et nombreuses. Enfin, ce délai permet une réparation du tissu et une récupération fonctionnelle optimales.

 

Une piste thérapeutique prometteuse

Ces résultats ouvrent de nouvelles voies de recherche et des perspectives thérapeutiques pour de nombreux patients. « L’existence d’un délai avant la greffe donnerait le temps de préparer les neurones nécessaires à la transplantation, que ce soit à partir de cellules fœtales ou de cellules somatiques du patient reprogrammées », se réjouit le Pr. Afsaneh Gaillard. « Dans une étude non publiée, nous avons également constaté que la présence de l’implant favorise en retour les processus de la réparation par les cellules souches endogènes. Nous tenons là un fil pour identifier les facteurs internes alimentant cette autoréparation, afin de pouvoir renforcer la participation des cellules du patient à la réparation « .

 

L’équipe du Pr. Afsaneh Gaillard a bénéficié d’un financement de 50 000€ en 2013 pour ses travaux sur la restauration des voies corticales lésées par greffe de neurones corticaux dérivés de cellules souches embryonnaires humaines

 

► Découvrir le projet financé par la FRC

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source : Inserm

Publication : S Péron et coll. A delay between motor cortex lesions and neuronal transplantation enhances graft integration and improves repair and recovery. J Neurosci, édition en ligne du 13 janvier 2017. 10.1523/JNEUROSCI.2936-16.2017

 

 

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Ces images, obtenues par microscopie confocale, montrent la vascularisation produite par le transplant (en rouge) et par l’hôte (en vert) selon que la transplantation a eu lieu juste après le traumatisme (à gauche) ou 7 jours après (à droite). La participation des cellules greffées à leur vascularisation (droite) améliore la survie du greffon après son introduction dans la partie lésée.

© Afsaneh Gaillard

 

AFSANEH GAILLARD

Après avoir soutenu une thèse européenne et réalisé un stage post-doctoral à l’Institut de biologie médicale d’Odense au Danemark, Afsaneh Gaillard a rejoint l’Université de Poitiers.

Depuis 2002, elle dirige l’équipe de recherche « Thérapies cellulaires dans les pathologies cérébrales » au sein du Laboratoire de Neurosciences Expérimentales et Cliniques à Poitiers.

Afsaneh Gaillard s’intéresse tout particulièrement aux lésions touchant le cortex moteur, suite à un traumatisme, par exemple, ou à des lésions observées dans le cerveau dans la maladie de Parkinson.

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